Les origines gasconnes d’Arnaud Laubia, seigneur de Nicolet (Québec)

Lorsque j’ai publié cet article au début de l’année 2024, je n’imaginais pas que j’en apprendrais et écrirais encore autant au sujet d’Arnaud Dutaret de Laubia et de Pierre Mora de Moet. Pour vous y retrouver, j’ai mis en place des liens directs vers cette série d’articles, fruit de mes recherches.

Article suivant : Origines de Pierre Mora de Mouet, à qui l’on doit l’île Mora (Québec)

Philippe Mora

Les historiens et généalogistes Québécois ont réalisé de formidables recherches sur leurs ancêtres venus d’Europe ou d’ailleurs, à travers les siècles. Ils connaissent bien les aventures du régiment de Carignan-Salières arrivé en 1665 en Nouvelle France (le Québec actuel). Il y a d’ailleurs un groupe Facebook (inscription nécessaire) dédié à ce sujet. Ce régiment français fut envoyé par Louis XIV pour renforcer la jeune et petite colonie française contre les assauts des Iroquois. Ainsi, plus de 1000 soldats débarquent, installent la paix, et après leurs missions, il leur est proposé de rester dans des conditions favorables : des terres bien sûr. Pour la vingtaine de capitaines, c’étaient tout bonnement des seigneuries qui leur étaient proposées. Pour Arnaud de Laubia, aussi écrit Arnould de Loubias (orthographe venant de son accent gascon ?), la seigneurie de Nicolet, devenue ville de nos jours, lui fut attribuée en 1672. Mais comme il n’a pas laissé de traces suffisantes en Nouvelle France, ses origines étaient jusqu’ici inconnues : il se révèle qu’il a des racines gasconnes !

Quand j’ai vu son nom parmi les capitaines du régiment, j’ai tout de suite fait le lien avec des individus croisés dans mon arbre (voir les Laubia de mon arbre sur Généanet). Les Landais peuvent en effet avoir des Laubia parmi leurs ancêtres. Mieux, ces Laubia des Landes sont aussi parfois décrits, comme le capitaine, du nom de « du Taret de Laubia ». Nous avons là une piste convaincante qu’il faut assoir, ce que j’ai pu faire en rapprochant deux actes. Le premier de ces actes est aux archives départementales des Landes. On découvre qu’un certain Arnaud Laubia, major (commandant) du château de Dax, est parrain d’Arnaud Aurier, né le 05/07/1677. Il signe.

Il me restait donc à trouver une autre signature dans un document en lien avec son activité de capitaine. Grâce aux recherches de Guy Perron, archiviste professionnel et généalogiste bien connu, j’ai pu avoir accès à cela. Dans ce contrat d’engagement que fait Arnaud Laubia pour René Abraham, la signature est identique à celle du parrainage, bien que l’encre ait un peu coulé sur celle du parrainage de 1677.

Image Wikipedia

C’est la preuve qui confirme l’hypothèse lancée du fait de la rareté du nom de famille « Taret de Laubia ». C’est donc une avancée vers la connaissance de ce capitaine, mais sur cette lancée, nous aimerions mieux connaître encore sa famille ou sa ville d’origine. C’est là que nous entrons dans l’incertitude avec une piste sérieuse malgré tout. Comme indiqué, j’avais déjà croisé la famille du Taret de Laubia dans les Landes, principalement aux 17ème et 18ème siècles, mais les données sont faibles. J’ai croisé quelques couples dans les Landes avec des Laubia avec les familles Segas, Pommiers, Maumen, Labadie, plutôt des familles de notables locaux. Mais rien qui permet de structurer cette famille des Taret de Laubia.

J’ai alors regardé dans le Dictionnaire historique des Landes de Philippe Soussieux vers Laubia ou Loubia. Pas de Laubia, ni de Loubia, ni du de Taret ou Dutaret, par contre, il y a l’entrée « Loubens » (p.460). Je découvre que c’est une ancienne paroisse annexe de Hontanx et que les propriétaires des lieux ont notamment été les « de Taret de Loubens ». C’est un drôle de hasard. Sur internet, on peut trouver plus d’informations sur les Taret de Loubens, et deux informations ressortent : cette famille protestante a connu de grands tracas du fait de sa religion. Ils ont dû se cacher, s’exiler, abjurer pour ceux qui sont restés. Autre donnée troublante, cette famille dont on connait peu d’individus, avait dans les rares ancêtres connus, un capitaine [lien vers une page Généanet]. Arnaud aurait-il racheté la charge à son père ou de son oncle ? Cette famille potentielle est basée dans le Marsan, sur Hontanx et au Houga.

En résumé, nous savons qu’Arnaud Laubia a des origines gasconnes mais il reste à chercher pour lever les incertitudes sur sa famille. Les pistes sont là, probantes, et demandent à être explorées. Après ses passages en Nouvelle France, il est devenu commandant du château de Dax et d’autres du Taret de Laubia vivaient non loin (Pontonx, Montfort-en-Chalosse, etc.). Sans doute reste-il quelques traces à découvrir pour mieux connaître encore celui qui fut le premier seigneur de Nicolet. Premier seigneur de Nicolet ? Oui légalement, mais un autre gascon lui a disputé ce titre, un certain Pierre Mora, qui était son enseigne. Mais cela est une autre histoire, là encore, bien connue par les Québécois.

Comme vous l’avez compris, cette découverte au sujet du capitaine Arnaud Laubia n’est pas l’aboutissement d’une recherche mais plutôt le début d’une petite série de chroniques au sujet des Landais partis en Nouvelle France !

Ajout du 28/01/2024 : Gilles Destremau, qui a une de ses pages Généanet citée dans l’article avec les Taret de Loubens, analyse mon hypothèse du lien éventuel « Taret de Laubia » et « Taret de Loubens » :

« Je n’ai jamais rencontré dans mes recherches de Taret de Laubia. Je ne saurai vous aider à les raccorder aux Taret de Loubenx. Ces derniers se sont éteints au milieu du 18e s. J’ai mis en ligne à peu près tout ce que je sais d’eux. Une famille du Houga nommée Dubosc a repris le nom Taret vers 1720 pour s’appeler Dubosc-Taret, voire Dubosc de Taret, probablement après le départ des derniers Taret de Loubenx pour Londres. Il se pourrait que les Dubosc-Taret n’aient aucun lien de sang avec les Taret de Loubenx, mais qu’ils aient relevé Taret d’une autre famille originaire de Mormès, non-noble. Une confusion, entretenue, semble en avoir résulté. 

Enfin une honorable famille bourgeoise Dutaret, en un seul mot, a relevé l’ancienne seigneurie du Lin (aujourd’hui Le Lin – Lapujolle) pour s’appeler du Taret (ou Dutaret) du Lin. Cette famille s’est perpétuée jusqu’à nos jours. »

En somme, ce lien entre ces noms reste une hypothèse fragile.

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