La lenga de noste (lire : la lingue de nouste)
Christian Baffoigne
Ce texte a été publié en 2019 dans la revue « Contacts » de Port-de-Lanne
Cet article est une excellente introduction aux évolutions de la langue et des territoires des Landes d’aujourd’hui et alentours… Si vous souhaitez contacter l’auteur, vous pouvez utiliser la page Contact ou sa page de son arbre sur Généanet. Et en cliquant ici, vous irez directement vers la seconde partie !
Jules César décrivant la Gaule dans « de Bellum Gallicum » écrivait : « Le fleuve Garonne sépare les Gaulois des Aquitains, ils se différencient en tout, langue, institutions, lois » … Et le géographe Strabon affirmait : « on compte plus de vingt peuples Aquitains, tous faibles et obscurs ». Notre région était peuplée par les »Tarbelles » venus des confins de l’Europe, qui parlaient l’euskara (le Proto-basque) devenue ensuite le basque . Le territoire qu’ils occupaient couvrait, grosso modo, le pays Basque actuel, le sud des Landes et le Bas Armagnac.
L’EPOQUE ROMAINE
Dès la conquête romaine, notre région est nommée par les Romains »Aquitania ». Au sujet de la traduction »d’Aquitania » il existe une polémique qu’il sera difficile de résoudre un jour ! En effet si la traduction »Pays des eaux » est généralement admise, nombreux sont ceux qui pensent qu’il faut rapprocher cette dénomination aux »Ausques » (Ausquitania – Pays des Ausques) car c’était, de loin, le peuple le plus nombreux dans cette région.
Les Romains créèrent administrativement une Aquitaine gigantesque, dont la capitale était Bourges, englobant près du quart de la France actuelle, qui ne satisfaisait personne car elle »mélangeait » des peuples de langue, de religion et de culture totalement différentes.
Ils créèrent alors une nouvelle région qui correspondait à la Nouvelle Aquitaine actuelle, la capitale étant Bordeaux. Les sud-aquitains, toujours pas satisfaits car ils ne voulaient pas des Gaulois, obtinrent la création de la »Novempopulanie » (le pays des neuf peuples) essentiellement de langue Euskara (proto-basque), dont la capitale était Auch, ville la plus développée à l’époque et habitée par le peuple le plus nombreux : les Ausques (Eusques/qui parlent l’Euskara) .
Ces peuples : Ausques (Auch) Aturins (Aire), Tarbelles (Dax), Elusates (Eauze), Lectorates (Lectoure), Consoranis (Couseran), Beneharnis et Illuronnenses (Béarn/Oloron), Biguerres (Bigorre), Convennes (Comminges) s’allièrent aussi à des peuples Celtes Boïates (Pays de Buch/Born) et Vasates (Bazas) . Les noms ont tous été »latinisés » ce qui fait que l’on trouve des orthographes très différentes pour un même peuple.

Carte : Gasconha.com
La reconnaissance de cette unité identitaire fut une fierté pour nos Tarbelles, on trouve dans l’église d’Hasparren une stèle où il est écrit : (Traduit du latin) »Flamine questeur et maître du pays, ayant rempli auprès d’Auguste la charge pour laquelle il avait été délégué, a obtenu pour les neuf peuples d’être séparés des Gaulois, de retour de Rome il dédie cet autel au génie du pays »… »Au génie du Pays »… cela montre que les Tarbelles pratiquaient à cette époque-là, et pour longtemps encore, des rites religieux orientés vers un paganisme polythéiste.
Cette reconnaissance identitaire par les Romains, qui n’étaient pas réellement perçus comme des »occupants », mais presque comme des »protecteurs » garantissant l’unité et l’indépendance de ces peuples, préserva la longue existence du parler Euskara. La survivance de cette langue est également due à la faible présence étrangère dans les régions montagneuses et la haute-Lande (le Brassenx et le Marensin), toutes les liaisons passant par les petites Landes (Bazas – Mont de Marsan – Aire – Orthez) et contournant les Landes et le Pays Basque actuel en raison de leur désertification, du manque de routes et de nourriture dues à la pauvreté de la population. En outre les Landais et les Basques avaient une propension à dévaliser les voyageurs, ils faisaient peur, et cela a duré longtemps, les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle avaient la terreur de traverser ces régions. En 1178 Richard Coeur de Lion détruisit Saint Jean le Vieux (St Jean Pied de Port) au motif que les Basques agressaient les pèlerins de Saint Jacques. Le concile de Latran en 1179, pour ces mêmes raisons , excommunia le peuple basque tout entier.
La phase essentielle de la romanisation des Neuf Peuples est sans doute la christianisation de la province. A partir du témoignage de Sidoine Appolinaire, poète et évêque latin, on constate en 475, la présence d’une communauté chrétienne à Auch, Saint-Bertrand-de-Comminges, Bazas. La création du diocèse de Novempopulanie à Auch date de 509, un certain Nicélius en fut l’Evêque. Comme partout ailleurs, le christianisme s’implante dans les villes mais sa propagation dans les campagnes est beaucoup plus lente, les paysans lui opposant une farouche résistance ayant beaucoup de mal à abandonner leurs croyances polythéistes . On a relevé des noms de divinités et des dédicaces sur des autels votifs, rares témoignages de la langue des Aquitains de cette époque, qui témoignent de sa parenté avec la langue et la religion basque : »Andere » »Sembexo » »Belexenn » »Orguarra » »Aherbelste » »Herauscorritsehe » »Ilixo » »Ilurberixo » etc.
Pour notre pays d’Orthe, il semble probable que cette christianisation se situe vers le 7°/8° siècle. Une lettre de 1741 du nouvel Evêque au comte d’Aspremont de Peyrehorade parle des difficultés rencontrées par les curés de la région pour éradiquer les croyances populaires fortement mêlées à la religion catholique . Curieusement, si le Béarn et les Landes adoptèrent massivement le protestantisme, le pays Basque fut un ilôt irréductible du Catholicisme .
Le pays d’Orthe
Les textes anciens sont d’un bien médiocre secours pour nous éclairer. Pour beaucoup l’origine du nom de notre pays est Ortus (Jardin). Mais les Romains, et ceux qui écrivaient leur langue, »latinisaient » les noms des pays. Concernant le nôtre, il faudrait donc se demander quel est le nom qu’ils ont latinisé ! Il est certain qu’à ce moment de l’histoire de notre région, la totalité de la population parlait l’Euskara, et c’est donc plutôt dans cette langue que l’on doit trouver un nom qui »ressemble » au nom »Orthe » ; deux hypothèses semblent crédibles : Notre pays d’Orthe, enserré par l’Adour et les Gaves réunis, se trouve être entouré d’eau ; d’autant plus qu’à cette époque, où l’homme n’avait pas bâti de digues, les lits, barthes comprises, des Gaves réunis entre Orthevielle et Hastingues et celui de l’Adour dépassaient le kilomètre. En outre, cette référence aux eaux, se justifie également par le fait que Gaves et Adour se rejoignent là. Ur-Tegi : »lieu des eaux » en basque (Ur : eau en basque), ce nom a pu évoluer en Urte , il est d’ailleurs à l’origine du nom du village de Urtès (64) et peut-être d’Orthez . Ur-Arte : »entre les eaux » en basque, le nom a pu être compris uharte ou uhorte et transcrit Orte, tous les noms étant latinisés, il devient Ortus . On trouve d’ailleurs au 12ème siècle désignant Orthevielle : Uart ; la même transcription que Urt écrit Uart en 1193.
WISIGOTHS et VASCONS
Le Vème siècle fut celui des grandes invasions : les Alains, les Suèves, les Vandales, traversent et dévastent le pays, cela eut pour effet un repli sécuritaire des populations et freina la romanisation , contribuant ainsi au maintien de la langue ancestrale.
En 418, les Wisigoths (originaires de l’actuelle Roumanie) conclurent un accord avec Rome qui leur donna le grand Sud Ouest et »carte blanche » en Espagne, qu’ils conquirent presque entièrement. Ils prirent Toulouse pour capitale, furent plutôt bien accueillis par les peuples de Novempopulanie, passèrent avec eux des contrats de partage en respectant le statut de »peuples fédérés ».
Les Francs après avoir vaincu les Huns en 451 prirent l’ascendant sur tous les autres peuples. En 507, les Wisigoths vaincus par les Francs se replient en Espagne prenant Tolède pour capitale. Les Vascons, venant du pays basque espagnol, apparaissent en 561 à l’occasion d’une alliance avec la Novempopulanie pour contenir l’avancée des Francs. De cette union naîtra »Le Principat de Vasconie », qui fut une éphémère Gascogne indépendante, de langue Euskara et Occitane avec Bordeaux pour capitale. Les Vascons, peuple frère, de mêmes origine, langue et religion, ne rencontrèrent aucune opposition à leur venue de ce côté des versants pyrénéens, bien au contraire .
La Novempopulanie disparaît et la Gascogne apparaît, ce nom a été bien accepté et tous se disent bien vite Vascons . Mais, en 602, les Francs s’imposent et créent en 626 un duché de Vasconie rattaché un peu plus tard à l’immense Duché d’Aquitaine .

Source Wikipedia
Sources de l’auteur : Essentiellement Michel Morvan Docteur 3ème cycle linguistique Université de Paris –
Les linguistes Jacques Allières et Philippe Lartigue (Etudes du »Parler Noir ») Beau Broks
(Master of Arts University British Columbia – Vancouver).
Sources proposées par nos lecteurs pour approfondir le sujet :
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L’Aquitaine et ses marges (IIIe-Ier av. J.-C.) : peuplements et cultures
Linguistique et peuplement en Aquitania [Academia]
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