Deux femmes d’honneur à Herm sous l’Ancien Régime

Marc Billard

Dans les archives notariales, au milieu des classiques obligations, quittances, baux, mariages, testaments et autres contrats de vente, il est possible de tomber sur des actes plus originaux qui font sourire mais aussi apportent un éclairage intéressant sur les mentalités d’Ancien Régime dans un petit village au sud des Landes.

Deux actes rédigés, l’un par Pierre Girard, notaire actif à Herm de 1646 à 1675, l’autre par Jean Hosseleyre, notaire hermois entre 1686 et 1735, ont pour point commun l’honneur froissé de deux habitantes du village.

Tableau de Maurice Leloir

Voici les deux actes retranscrits :

  • Le 6 mai 1663, en la paroisse d’Herm, maison presbytérale, Martin Desbiey a dit que ci-devant, il aurait proféré malicieusement et sans preuve quelconque plusieurs et diverses injures atroces contre l’honneur de Jeanne Dumora, tous d’état de labeur, hbts d’Herm, déclarant led Desbiey qu’il la tient pour fille d’honneur, d’estime et de bonne renommée et non de la qualité portée par lesd injures, de quoi et de lad déclaration, lesd parties m’en ont requis en faire acte que je leur ai octroyé faire pour le devoir de ma charge.

Fait en présence de Me Jean de Lavigne, prêtre et curé d’Herm et Joseph de Garnit, homme d’armes, hbts d’Herm et de Heugas, témoins soussignés, ce que n’ont fait lesd parties pour ne savoir écrire.

Minutes de Pierre Girard, notaire à Herm, AD40 – 3E 58/8

  • Le 29 août 1723, En la paroisse et au-devant l’église d’Herm, Pierre de Beyrie, laboureur, hbt d’Herm a dit que le dixième de ce mois, Jean de Lavigne, mari de Catherine de Lafitte, laboureur hbts Herm, s’étant approché de lui pour le maltraiter, il proféra contre lui des injures atroces et insolentes ; le dirigeant dans le seul objet de les repousser, le traita une fois de cornart sans intention d’attaquer ni blesser l’honneur de ladite de Lafitte sa femme, néanmoins elle l’a fait assigner en réparation d’honneur par exploit du 24ème de ce mois, ce qui oblige le dirigeant de déclarer à lad Lafitte qu’il n’a pas traité led Lavigne de cornart en intention de flétrir son honneur (…), il proteste de la nullité et cassation du tout, et de tous les dépens, dommages et intérêts.
    Dont acte ; fait en présence de Pierre Lacoste, praticien, et Jean Alexis de Hosseleyre, escolier, hbts dud Herm, témoins soussignés, ce que n’ont fait lesd Beyrie et Lafitte pour ne savoir comme ils déclaré, de ce faire requis par moi.

Minutes de Me Jean Hosseleyre, notaire à Herm ; AD 40 – 3E 58/35

Quelles analyses tirer de ces deux documents ?

  • D’abord noter que des altercations entre habitants d’un même village ne sont pas rares sous l’Ancien Régime, se traduisant ici par des agressions verbales semblant confirmer la réputation de grossièreté que les citadins attribuaient aux ruraux de cette époque. Point de « mange Saint et chie Diable » mais des « injures atroces » sans autre précision dans les deux actes et surtout l’emploi du terme « cornart », littéralement celui qui a une femme adultère et lui fait porter des cornes, dans l’acte de 1723.
  • Ensuite constater que le sens de l’honneur n’était pas un privilège réservé à la seule noblesse mais une valeur partagée avec les petites gens, y compris les femmes.

Les deux actes en question sont des déclarations d’honneur faites piteusement par deux hommes pour rétablir la réputation de deux femmes après que leur vertu ait été salie verbalement.

Dans le premier acte, Jeanne Dumora, peut-être un lointain membre de la famille de l’auteur de ce blog, obtient de la part de Martin Desbiey un acte notarié qui rétablit son honneur, son estime et sa bonne renommée

Catherine Lafitte, dans le second acte, après avoir été accusée de cocufier son mari, n’hésite pas à mener une action judiciaire, un « exploit » contre Pierre Beyrie qui a proféré cette insanité, ce qui oblige ce dernier à se dédire par acte notarié et à minorer les faits en arguant que ses mots avaient dépassé sa pensée.

Ces témoignages touchants corroborent les dires d’Anne Zinck sur une certaine émancipation des femmes dans le Sud-Ouest des Landes, peut-être influencée par la proximité d’un Pays-Basque reconnu comme plus favorable aux femmes.

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