Vie paysanne landaise dans l’Ancien Régime : ma lecture de l’œuvre d’Anne Zink

Philippe Mora

Les paysans de l’époque prérévolutionnaire dans les Landes ? On peut les croire ignares, isolés, dominés outrancièrement par l’église et leur seigneur, pourtant ce ne sont là que des idées préconçues, le produit de notre méconnaissance. C’est pourquoi, pour découvrir comment vivaient véritablement nos ancêtres paysans des Landes aux 17ème et 18ème siècles, je m’immerge actuellement dans l’œuvre d’Anne Zink, historienne de référence, spécialiste de la Gascogne. A la frontière de l’histoire, du droit, de l’ethnologie, de la géographie, elle nous plonge dans la vie sociale de nos ancêtres des champs. Sa thèse de doctorat a donné ses 3 ouvrages majeurs : « L’héritier de la maison : Géographie coutumière du Sud-Ouest de la France » (1993), puis « Clochers et troupeaux : Les communautés rurales des Landes et du Sud-Ouest de la France avant la Révolution » (1997), quelques extraits sont sur Gallica, enfin, « Pays ou circonscriptions : Les collectivités territoriales de la France du Sud-Ouest » (2000), accessible sur internet.

Et il est tout à fait probable que je fasse des incursions dans d’autres de ses écrits, pourquoi pas ceux sur Bayonne notamment !? Je devine d’ici l’étonnement de nombre de lecteurs : « on parle bien des paysans LANDAIS ? » Il faut savoir qu’à cette période, Bayonne faisait partie de la sénéchaussée des Landes. Ainsi, durant l’Ancien Régime, c’était le gascon qui était majoritaire à Bayonne, au niveau juridique, notarial aussi, et les élites basques de la ville se « gasconisent » rapidement après leur arrivée. Comme elle le fait pour le pays basque, Bayonne peut aussi mettre en avant son histoire et sa culture landaise ! Depuis quelques années, elle amorce une réflexion plus large avec son lien à la langue gasconne.

Carte datée de 1638, pour plus au sujet de la source : permalien de Gallica

Nous le voyons, les faits historiques peuvent nous faire reconsidérer nos catégories de pensées. Nous créons parfois des mythes, comme pour « la ville de Bayonne, basque de tous temps », qui à force de le penser actuellement, le devient dans une certaine mesure. Ce genre de mythes, nous les croisons partout, comme en Bretagne, où des personnes apprennent la langue bretonne alors que leurs ancêtres parlaient en gallo, en effet, la langue bretonne n’était pas la langue utilisée sur l’ensemble du territoire breton, loin de là. Mieux connaître l’histoire de nos ancêtres, c’est aussi s’échapper des mythes, des fausses identités toutes faites ou du moins à nuancer.

Anne Zink a focalisé son attention sur le département actuel des Landes

Pourquoi et comment Anne Zink, qui n’est pas originaire de cette région est-elle devenue la spécialiste de l’Ancien Régime des Landes et des secteurs l’environnant ? Dans sa préface de « Clochers et troupeaux », Pierre Goubert, son directeur de thèse, indique qu’elle a « adopté, aimé et plus encore compris » ces « provinces de France et de Navarre » (p.9). Il y a aussi un rapport à la connaissance que l’intéressée nous explique : « Venue du Nord j’ai rencontré au sud de la Garonne une civilisation assez proche de la mienne pour que je puisse la comprendre, assez distincte pour que je prenne conscience de son existence » (1ère phrase du livre p.11). Mais cette phrase ne signifie pas qu’il n’y a qu’une manière de vivre pour le nord, et une seule et unique pour le sud et c’est là que le département des Landes entre en jeu : « La variété des coutumes successorales et des types de villages observée dans l’actuel département des Landes, m’a fait penser qu’il pourrait, dans un premier temps, témoigner pour toute la région (…). Le territoire de ce département donne donc un échantillonnage de presque toutes les options de la région » (p.14). Comme on l’a lu, l’historienne rappelle la variété des successions et des villages, à laquelle il faut aussi ajouter une grande variété administrative. Les Landes actuelles constituent son point de départ car elles sont au carrefour de différents modes de vie dans ces pays gascons.

C’est à la fois une chance pour le généalogiste qui souhaite connaître la manière de vivre de ses ancêtres landais mais en même temps, un avertissement : si vos ancêtres sont du pays de Born, du Marsan ou encore du Bas-Adour, leurs vies seront différentes. Il faudra donc être précis géographiquement pour ne pas extrapoler à outrance. Mais avant d’en arriver là, il existe tout de même quelques généralités au sujet de la communauté villageoise que nous verrons dans la prochaine note de lecture.

Je commence mon immersion avec « Clochers et troupeaux » où l’on croise souvent les villes et villages des Landes et même des individus, le plus souvent anonymisés. Le but d’Anne Zink est de proposer au lecteur qui « aime tout simplement l’histoire, qui aime à se retrouver dans le passé et qui cherche à l’imaginer, de voir vivre en de multiples anecdotes, les paysans, leur curé et leur benoît, leurs troupeaux et leurs champs, leurs jurats et leurs collecteurs d’impôts, leur seigneur et leur juge, et de se croire ramené deux siècles en arrière » (p.15). Dans ses livres, elle articule l’ensemble des acteurs en jeu, donne leurs contraintes et leurs marges de manœuvre.

Mes notes de lecture n’épuiseront pas les centaines de pages d’une grande densité, et reste une modeste tentative de restituer aux généalogistes landais, la vie de leurs ancêtres. Car l’œuvre d’Anne Zink, foisonnante, très précise, est parfois difficile à comprendre dans toute sa profondeur pour un non-historien, catégorie de lecteurs à laquelle j’appartiens. Mais débuter n’est pas qu’un désavantage, cette position évite les a priori et permet de partager au mieux au plus grand nombre. C’est je l’espère, le début d’une longue et belle série, au sujet de la vie paysanne landaise de l’Ancien Régime.

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Une réflexion sur “Vie paysanne landaise dans l’Ancien Régime : ma lecture de l’œuvre d’Anne Zink

  1. Bonjour. Anne Zink a été mon professeur à Paris X au début des années 80. Déjà à l’époque on annonçait que sa thèse allait être une des plus longues à rédiger… une personnalité particulière mais de bons souvenirs.

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