Philippe Mora
Peut-être que quelques lecteurs se demanderont pourquoi un site généalogique s’intéresse à un peintre ?! Tout simplement parce que celui-ci est un important témoin de la vie de nos ancêtres landais…
L’histoire de l’art connaît des modes et actuellement, le régionalisme de fin 19eme / début 20eme a le vent en poupe, ou plutôt dans le cas présent, le vent dans les pins. Pourtant cet intérêt ne se répand pas sur l’ensemble des auteurs concernés. Henri Tayan compte parmi les grands oubliés, mais cela pourrait bien évoluer, en grande partie grâce à David Courallet qui termine actuellement une biographie à son sujet, tout en répertoriant dans un catalogue raisonné1, les tableaux disséminés chez des familles landaises qui ne savent pas qu’elles ont un petit trésor artistique chez elle. Cela est vrai pour tout peintre : il faut faire un travail de mémoire, sinon l’oubli menace, d’autant que les peintures d’Henri Tayan ne sont pas dans des musées, voire sont inconnus ! D’après David Courallet, cela fait partie de l’explication de l’oubli de cet artiste : nombre de ses tableaux ont été perdus ou sont dans des foyers. Il y a aussi le fait que c’était un autodidacte qui ne fréquentait pas la place bordelaise, la plus en vue, nous explique encore David. Un dernier facteur est sans doute à prendre en compte : le style d’Henri Tayan est largement influencé par le japonisme en vogue à la fin du 19eme siècle. Ce « regard japonais », presque enfantin, ne séduit pas les critiques d’art actuels. Pourtant l’art de Tayan a tout pour toucher le cœur des Landais et les Landais de cœur.
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| Un coin de forêt vers Labouheyre (1922) | Berger et ses moutons dans la forêt |
Pourquoi Henri Tayan a choisi de peindre les Landes ?
David Courallet : Certes, il est né dans les Landes, et il pourrait tomber sous le sens qu’il peigne les paysages landais. Mais sa vie fut plus complexe car jusque dans les années 1900 environ, il peignait des décors d’intérieurs sur Paris, et en vivait très bien. Il fait le choix de revenir sur ses terres landaises, où, petit à petit sa situation financière se détériore. En 1910, il est dans le creux de la vague. C’est à cette époque (1910-1915) qu’il devient le peintre qui fait qu’on parle de lui aujourd’hui.
Tu fais souvent un lien entre Félix Arnaudin et Henri Tayan, peux-tu nous expliquer ?
David Courallet : Il fréquente à Labouheyre, Félix Arnaudin, photographe bien connu, témoin de la vie landaise de la fin 19ème / début 20ème, soucieux d’ethnographie, témoin du temps qui passe, de la révolution en marche dans les Landes. Ces deux artistes souhaitent garder la mémoire de cette époque, la transmettre aux générations futures. Les pins poussent l’agriculture agro-pastorale vers la sortie.
C’est un sacerdoce, Henri Tayan aurait pu rester à Paris, vivre confortablement mais il choisit de rester dans les Landes, de se rendre dans des endroits variés en calèche, parfois difficiles d’accès et vit chichement de ce choix. Il s’efforce de capter différentes zones, un peu en cartographe, des zones qui vont parfois disparaître (par exemple le lac de la glacière à Biscarrosse). Tayan n’indique ni dates ni lieux sur ses toiles, ce sont souvent les personnes auxquelles il offre ses tableaux, en échange de l’hébergement, qui les retrouvent et parfois notent les secteurs peints, les années.

Le lac de la glacière à Biscarrosse, réalisé dans les années 20 (collection François Morand)
Comme chez Félix Arnaudin, la nostalgie est palpable, le crépuscule quasiment dans tous ses paysages, comme symbole de la fin de cette vie landaise, et de sa fin personnelle proche. Ses paysages sont comme des petits paradis crépusculaires apaisants, d’où l’émotion complexe malgré un style naïf. C’est pourquoi il n’est pas attiré par l’océan car les émotions ne ressortiraient pas de la même façon dans ce type de paysages. Dans ses œuvres, il recherche un sentiment de vérité, de réalité, il n’est pas à chercher à faire « un style » pour le « style » mais souhaite délibérément laisser un bout de ses Landes à l’observateur.
Combien reste-t-il de ses tableaux ?
David Courallet : J’évalue leur nombre à environ 500, ce qui donne une vision globale des Landes car Henri Tayan n’était pas dans la répétition mais souhaitait au contraire diversifier, répertorier, témoigner des vies de son époque. En effet, il ne peint pas que des paysages mais aussi des Landais au travail, tels que les bergers, bûcherons, muletiers, bateliers ou résiniers.

Bucheron et son chien dans la forêt
Une généalogie à découvrir… et un livre à venir
Dans son futur livre, David Courallet abordera plus en détail la vie du peintre, son côté « artiste bohème ». La famille a bougé et un mystère reste entier : quand est-ce que sa conjointe, Jeanne Cadilhon, est décédée ?! Une énigme qui sera un jour résolue par un généalogiste ?! En tout cas pour Henri Tayan, on sait qu’il a tenté de remplir sa mission patrimoniale, jusqu’à sa mort en 1931, à Mont-de-Marsan.
Cette transmission souhaitée par le peintre, David Courallet la poursuit de nos jours avec ferveur et vous retrouverez tous les thèmes rapidement exposés dans cet article, et bien plus encore, dans son livre. Le seul regret ? C’est qu’on ne connaisse pas déjà la date de publication, car le travail d’édition est en cours ! Nous suivrons sur ce blog, les avancées en la matière.
Note :
- Lien vers le catalogue raisonné d’Henri Tayan. Seuls les propriétaires de ses tableaux ont accès à ce catalogue. Un catalogue raisonné d’un peintre est l’inventaire le plus complet possible de ses œuvres. Pour plus de précisions à ce sujet, vous pouvez consulter la page Wikipedia l’expliquant. ↩︎
Petit plus :
On trouve sur le site des archives départementales, un « Hommage Glorieux aux Pupilles de l’Assistance Publique du département des Landes » réalisé par Henri Tayan.
Soutenez Généalandogie sur Tipeee, site bien connu pour le financement participatif !

