Philippe Mora
Si la famille du Saint est connue du côté paternel, en ce qui concerne celle de Bertrande Mora, sa mère, la situation est plus difficile à cerner. Pour schématiser, deux hypothèses circulent : l’une soutient que Bertrande serait la fille de David Mora, notaire et greffier du chapitre de Dax, et sa mère serait donc demoiselle Jeanne Niort, tandis que la seconde hypothèse affirme que Bertrande Mora est issue d’une famille de paysans, sans plus de précisions, famille de paysans au même titre que celle de Jean de Paul, père de Saint Vincent. Le couple de Paul – Mora a une certaine aisance sans être au niveau des petits notables locaux, mais d’une aisance de cultivateurs bien installés. Cela fait pencher la balance vers la seconde hypothèse, et mes recherches appuient celle-ci.

Lorsque j’ai débuté, je voyais le plus souvent Bertrande Mora comme fille de David Mora, le notaire, à la généalogie bien connue. Déjà, je me demandais : que vient faire cette famille Mora de petits notables, à Pouy1 ? Pourquoi marier leur fille à un laboureur ? Mais après tout, pourquoi pas, d’autant plus que le statut social de Jean de Paul était ronflant car certains auteurs insistent sur son statut de capcazal de Ranquines (maison de la famille de Paul). Mais bientôt, ce mythe du capcazal s’atténue (voir mon article à ce sujet) et de plus, les relations familiales m’amènent à lier Bertrande Mora à une famille Mora vivant à Saint-Paul2.
Une alliance familiale et des parrainages qui en disent long
Ces Mora de Saint-Paul, ce sont mes ancêtres, et les ancêtres de beaucoup d’autres personnes d’ailleurs. Ils habitaient tout près de la frontière de Pouy, près de la famille de Paul, aux lieux-dits du Chot et du Bayle. Nous sommes au début du 17ème siècle. Il leur arrivait de faire des parrainages sur Pouy et l’une des leurs, Pascale Mora, a été mariée avec Pierre de Paul, neveu du Saint. Leur fils, Louis, né en 1645, deviendra à son tour, propriétaire de Ranquines. Ces familles de Paul / Mora sont proches géographiquement et ont des statuts sociaux équivalents, de propriétaires terriens.
Si déjà cette alliance familiale est probante, des parrainages attirent l’attention, lors des naissances des enfants du couple Louis Mora dit du Chot et de Marie Pommiers. Une naissance est particulièrement marquante, celle d’Arnaud Mora en 1642. Son parrain est Arnaud Mancamp, juge de Préchacq puis notaire, sa marraine est Pascale Bernos. Arnaud Mancamp est l’ancêtre d’un des prêtres de la mission – ils sont seulement 16 prêtres de la mission répertoriés dans le diocèse de Dax sur les 17ème et 18ème siècles !3 – et est l’ancêtre des notaires qui ont géré les actes notariés de l’œuvre de Saint Vincent dans le secteur, tandis que Pascale Bernos, conjointe de Pierre Dadou, notaire royal et lieutenant de la baronnie de Pouy, réalise là son seul parrainage à Saint-Paul et elle est marraine aussi chez la famille de Paul.
Marie Pommiers, fille d’un marchand aisé
Ces parrainages sont en lien avec Marie Pommiers, le conjointe de Louis Mora. Elle est la fille de Dominique Pommiers et de Marguerite Mancamp. On sait que son père est un marchand aisé car son grand-père, François Pommiers est le conjoint d’Isabeau Baffoigne, d’une famille particulièrement riche à cette époque. On pourrait se demander pourquoi une des premières filles de ce couple Pommiers-Mancamp, basé à Pontonx, se marie avec un simple laboureur, qui plus est de Saint-Paul. A priori, c’est le fait que cette famille Mora soit de la famille du Saint qui a joué, car là aussi, cette famille Pommiers fera partie des quelques familles particulièrement investies dans le mouvement vincentien, avec un missionnaire dans ses rangs.

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Tout ceci, je l’expose bien plus complètement dans un article proposé à publication à la société de Borda. J’aborde le réseau de prêtres missionnaires et observe leurs proximités avec cette famille Mora. Les intrications sont nombreuses et j’ai même trouvé des proximités avec les Mora de la lignée de David. Ces deux hypothèses sur les origines de Bertrande ne s’excluent pas forcément : et si cette branche sur Saint-Paul descendait d’un frère ou d’un cousin de David Mora ? La généalogie de Vincent de Paul est particulièrement passionnante en offrant un beau défi aux généalogistes landais !
Notes :
- Nom de la ville de Saint-Vincent-de-Paul à l’époque. ↩︎
- Saint-Paul-lès-Dax de nos jours. ↩︎
- Chiffres basés sur les travaux de Pémartin : Pémartin J-B., 1889 [1885-1887]. Saint Vincent de Paul dans ses rapports avec la Gascogne. Berceau de Saint Vincent de Paul. Ouvrage accessible sur Gallica. ↩︎
Pour en voir un peu plus :
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