Jeanne Moussillac et Pierre de Bonnefemme, mendiants : leur contrat de mariage à Bordeaux en 1708

Marc Billard et Philippe Mora

Cet article est la suite de : Pierre de Bonnefemme, le 4 juin 1710 à Saint-Paul : son testament de « pauvre mendiant »

Nous avons croisé la route « d’un pauvre mendiant », Pierre de Bonnefemme, qui a fait son testament à l’hôpital de Saint-Esprit, en 1710 au Sablar (quartier de Saint-Paul à l’époque). Cet acte nous donnait une piste de recherche pour trouver un contrat de mariage effectué 2 ans plus tôt, à Bordeaux, avec Jeanne Moussillac. Nous allons vous partager les informations contenues dans leur contrat de mariage afin de découvrir un peu plus leurs vies.

Nous découvrons leurs parents

Avec ce contrat de mariage nous apprenons leurs filiations. Pierre de Bonnefemme est le fils d’Arnaud et sa mère est notée comme Vicense « Donguemeau ». Nous pensons que c’est sans doute un approximation pour Dangoumau qu’on rencontre beaucoup plus fréquemment… dans les Landes ! Et oui, Pierre de Bonnefemme est originaire, si nous lisons bien, de « Saint-Sever en Gascogne ». Pour le moment, nous n’avons pas réussi à trouver d’actes sur Saint-Sever même si un couple correspond justement… et nous constatons que dans les environs, certains villages ont de nombreux « Bonnefemme ». De toutes les manières, les parents de Pierre vivent aussi, lors de son mariage, dans le quartier Saint-Michel. Tout comme les parents de Jeanne Moussillac, a priori originaire du secteur. Ses parents sont Jean Moussillac et Marie Borry.

L’absence de biens mais organisation du partage en cas d’acquisitions et/ou d’enfants

Leur pauvreté est confirmée par l’absence de biens meubles ou immeubles. Le contrat de mariage est direct : « Constitution : rien ». En revanche, le couple garde l’espoir d’améliorer ses conditions de vie. Cela parle d’épargne après leur mariage, d’acquets : « les acquets que dieu leur faira la grace de faire épargner pendant le présent mariage ». Il est indiqué le partage pour les enfants, si le couple en a. On sait avec le testament de Pierre de Bonnefemme, 2 ans plus tard qu’ils n’ont pas eu le temps, ou pas pu, en avoir. Il n’est pas étonnant de constater cette absence de biens, mais nous continuons de constater l’entraide entre personnes en difficultés car ils sont logés chez un certain Pierre « Bortorneu », rue Planteroze (Planterose), toujours du même quartier. Ce logement n’est pas forcément « gratuit », ils participent d’une manière ou d’une autre pour cet habitat.

Cote aux AD 33 : 3 E 248 42 (maître Despiet)

Les lieux cités du quartier Saint-Michel

Nous avons parlé régulièrement de ce quartier du sud de la ville de Bordeaux, la première fois dans une note de bas de page, mais nous la mettons aujourd’hui à l’honneur : « Au XVIIe siècle, la paroisse Saint-Michel semble avoir été l’une des plus dynamiques de Bordeaux pour ce qui est de la démographie. Elle aurait même atteint un pic de population dans la seconde moitié de ce siècle, faisant alors d’elle la plus peuplée de la ville. Sociologiquement, les foyers les plus riches tels que ceux des négociants se situent au nord de la paroisse (comprenant alors le quartier de la Rousselle), et les foyers les plus pauvres au sud, dans le secteur des rues des Vignes et Nérigean. À cette période, la proportion de population vivant des métiers liés au fleuve est plus faible que les autres paroisses longeant la Garonne » (source Wikipedia). La rue Maucaillou était très proche de la rue des Vignes. Sandrine Lavaud, historienne, et Olivier Pissoat, géographe, nous donnent des précisions et affirment que dès 1680 « La vocation hospitalière des faubourgs sud est confirmée et requalifiée par la logique de l’enfermement (dépôt de mendicité…) ». (Voir « Etude chrono-chorématique : Bordeaux », p.7). Nous l’imaginions, d’autant plus avec les rappels de Laurence Fontaine, historienne que nous avons déjà croisée dans le 1er article, que la ville était en quelque sorte favorable à ces mendiants, c’est confirmé avec le quartier dans lequel ils vivaient.

Maintenant, voyons plus précisément les rues nommées dans les actes, le testament de 1710 et le contrat de mariage de 1708 :

  • La rue Maucaillou de Mme Lagrenotte, une proche du couple.
  • La rue Plantaroze de M. Bortorneu, qui héberge le couple.

Source Géoportail. Pour les curieux, voici un permalien (50 G 142, AD 33) d’un plan cadastral du secteur de 1866.

Nos découvertes s’arrêtent là ?

Il semblerait que nous soyons désormais dans une impasse, ou plutôt dans deux impasses, pour approfondir nos connaissances au sujet de Jeanne Moussillac et Pierre de Bonnefemme. Les personnes pauvres, en général, laissent peu de traces dans les archives. Aussi réjouissons-nous de l’existence et de la conservation du contrat de mariage et du testament de Pierre de Bonnefemme et de Jeanne Mousillac.

Qui sait, quelqu’un trouvera une information complémentaire ? Nous en serions très heureux. Ce contrat de mariage nous rappelle l’entraide entre personnes en difficultés et nous informe que Pierre de Bonnefemme avait des attaches dans les Landes. Se déplaçait-il seulement pour le travail ? Ou avait-il une autre raison de se trouver dans les Landes ?

Pour en savoir plus :

De la répression de la mendicité et du vagabondage en France sous l’ancien régime

Une source de l’histoire de la mendicité et du vagabondage pendant la première moitié du xviiie siècle

Mendicité, vagabondage et contrôle social du moyen âge au XIXe siècle : état des recherches

Remerciements à une passionnée de généalogie de Gironde qui a été trouver le contrat de mariage aux AD 33 !

Ajout du 6 décembre 2025 : voici une possible naissance en 1665 à Horsarrieu. Le prénom du père est bien Arnaud, et la mère est Anne d’Angoumau.

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