Philippe Mora
Fabienne Herreyre1, auteure et photographe, publiera mi-2025 un livre, à la fois roman et témoin historique, racontant la vie de son grand-père, Simon Luxey, résinier né en 1896 à Pontenx-les-Forges. Dans le sillage de son grand-père, elle trace la vie faite de deux guerres mondiales et qui voit la fin du gemmage et bien plus encore. Les photos de cette interview sont aimablement partagées par Fabienne Herreyre.
C’est la première fois que tu écris sur ta famille, comment as-tu fait ce choix ? Pourquoi ce grand-père en particulier ?
Fabienne Herreyre : J’y pensais depuis longtemps mais avec mes autres activités, cela n’était pas possible. Ces dernières années, j’ai eu ce temps pour lancer ma généalogie2. J’ai remonté les différentes branches mais ce livre est basé sur mon grand-père, Simon Luxey, qui est venu vivre sous notre toit après le décès de ma mère, à partir de janvier 1971 jusqu’à sa propre disparition en juillet 1971. J’avais 7 ans. Ma grand-mère, sa femme, a vécu avec nous plus longtemps car elle est décédée bien après, mais ce n’est pas pour autant que j’en ai appris plus sur leurs vies. Ils parlaient peu du passé et lorsqu’ils ne souhaitaient pas être compris, ils parlaient en patois. C’était propre à l’époque, mais ma grand-mère était particulièrement froide, peut-être en partie parce qu’elle n’avait pas eu le choix de son mari, comme souvent ? En tout cas, on la vouvoyait !

Simon Luxey
Tu as donc dû t’appuyer sur différentes sources afin de découvrir plus précisément l’histoire de ta famille. Peux-tu nous dire sur lesquelles ?
Fabienne Herreyre : En effet, même si c’est un roman, j’ai essayé de rester fidèle à la réalité. Au départ je ne pensais pas aller aussi loin dans les recherches. J’ai multiplié les sources : des contacts via Facebook, ou des proches de la famille qui vivent à Sainte-Eulalie-en-Born. Ces sources m’ont permis de mieux cerner un secret familial. En effet, je voyais bien que les relations entre mon père et ma grand-mère n’étaient pas celles d’un fils avec sa mère, mais je ne comprenais pas pourquoi. Et il apparaissait clairement qu’il en était tout autre avec son père pour lequel il avait beaucoup de tendresse. Pour écrire ce livre, et d’abord comprendre ma généalogie, j’ai donc cherché des réponses auprès de proches des mes grands-parents qui m’ont appris la vérité : un secret de famille bien gardé que je dévoile dans mon récit et qui a eu des répercussions importantes sur notre famille.
J’ai aussi fait ma généalogie à partir du site Internet des archives départementales. J’ai d’ailleurs eu des difficultés avec les prénoms qui sont à la fois les mêmes d’une génération à l’autre et changeant d’un type de document à l’autre. J’ai particulièrement utilisé les recensements pour savoir qui vivait sous le même toit, mais aussi les archives municipales ou les délibérations de communes.

Mariage entre Jeanne Ducourt et Simon Luxey (14 novembre 1920)
J’ai aussi consulté les archives en lien avec les guerres. J’ai pu notamment retracer son parcours militaire, mieux connaître le contexte de sa blessure. Quant au gemmage, j’aborde notamment les luttes sociales des gemmeurs, plus particulièrement celle de 1934. La fin de cette activité était proche car dès la fin des années 50, on ne vivait déjà plus de ce métier dans les Landes. Ou en tout cas, plus de cette manière.
Cette histoire familiale, c’est aussi l’histoire d’un secteur…
Fabienne Herreyre : En effet, et le secteur de Sainte-Eulalie a longtemps été loin de la modernisation. L’eau courante n’est arrivée chez nous que dans les années 70 – le village l’a eu bien avant – mon grand-père n’a découvert la télévision que très tardivement et se demandait pourquoi la speakerine le regardait si fixement ! C’était un monde à part où les bonheurs étaient simples. On s’éclairait à la bougie, on n’avait pas de souci pour se chauffer avec tout le bois. Avec ce roman, je souhaite faire découvrir cette manière de vivre, à tel point que j’ai mis un glossaire en fin d’ouvrage pour que le lecteur comprenne et s’imprègne du vocabulaire !
Au début, la famille était métayère, puis ensuite salariée pour finir propriétaire d’une maison qui servait initialement comme bureau à la société forestière. J’ai trouvé un document daté de 1934 attestant de cela. La maison est restée dans la famille jusqu’en 2022 !

La maison familiale
On a vu arriver les barbelés du Centre d’Essai des Landes (CEL) de Biscarosse, qui nous empêchaient d’aller à pieds jusqu’à l’océan, comme on avait l’habitude avant. Mais le principal était ailleurs : dans les bois. Mon grand-père n’était heureux que dans sa forêt. Il ne l’a quittée que pour les guerres ou à la fin de sa vie, où il a dû aller à Pessac, chez nous. C’était un déchirement pour lui.
Quelles étaient les croyances de ton grand père ?
Fabienne Herreyre : Sans être une famille très pratiquante, mes grands-parents allaient à la messe, moment propice aux sociabilités du village. Mais il y avait toujours des craintes superstitieuses et religieuses : la crainte de la fin du monde avec la comète de 19103, ou faire systématiquement une croix sur le pain, ou éviter de le mettre à l’envers afin d’éviter que le diable n’entre…

Simon Luxey, sortant de sa grange. Au fond, la maison.
Ton livre sera publié aux éditions Complicités, raconte-nous cela !
Fabienne Herreyre : Pour mes autres livres, je suis toujours passée jusqu’ici par le financement participatif et l’autoédition. Cette fois, j’ai proposé mon ouvrage à un éditeur, afin de pouvoir le vendre plus aisément dans les Landes ou ailleurs. Les éditions Complicités, à Paris, m’ont donné leur accord 15 jours après l’envoi. C’est une amie qui me les avait conseillés. Cela a pris très vite ! Actuellement, je suis dans les relectures et avec l’éditeur, nous sommes en train de finaliser la couverture.
Et après ce livre, comptes-tu encore développer ta généalogie ?
Fabienne Herreyre : J’aimerais la développer, je n’ai pas été voir du côté des frères et sœurs. Voir aussi leurs proches, les témoins de mariages notamment.
Titre de ce livre à paraître : Simon Luxey, une vie en pays de Born. 1896-1971. Quand je l’aurai lu, j’écrirai un compte-rendu ! Rendez-vous dans quelques mois !
- Pour une vue d’ensemble de ses projets, voici son site ! ↩︎
- Son arbre Généanet est consultable ici. ↩︎
- La comète de Halley a en effet fait très peur en France, en 1910 ! Et pas seulement dans les Landes. ↩︎
AJOUT DE SEPTEMBRE 2025 : J’ai lu ce livre il y a environ 2 mois. Très bien documenté, il permet aux lecteurs d’en apprendre beaucoup sur la Première Guerre mondiale, sur le gemmage, ainsi que sur la vie simple des familles modestes de cette époque.
Soutenez Généalandogie sur Tipeee, site bien connu pour le financement participatif !