Philippe Mora
Lorsqu’on débute sa généalogie, nous ne commençons pas par ce domaine. S’il peut paraître éloigné et compliqué, il apporte de nombreuses connaissances utiles aux généalogistes. Avec cet article, vous ne deviendrez pas un expert dans le domaine mais vous toucherez du doigt toute la richesse de ce domaine.
Tout d’abord, où aller ? Le site de référence se trouve ici. C’est l’armorial d’Hozier qui va plus particulièrement attirer notre attention, puis nous allons nous rendre en Guyenne, secteur qui comprend les Landes actuelles. C’est ensuite regroupé alphabétiquement : en cliquant ici, vous serez à la lettre A. Ensuite vous n’aurez plus qu’à trouver les noms qui vous intéressent. En cliquant dessus, cela vous amènera directement vers la page Gallica. Pour ceux qui ne connaitraient pas Gallica, c’est ni plus ni moins la bibliothèque numérique française la plus grande et qui sert beaucoup aux généalogistes.
C’est bien d’y accéder, mais à quoi ça sert l’héraldique ?
Par mes recherches, j’ai croisé la route d’un spécialiste en héraldique, Arnaud Bezard-Falgas, qui m’a partagé sa passion et a répondu à mes interrogations. Je le remercie encore ici. Tout d’abord, il faut savoir que les blasons ne sont pas choisis au hasard, ils symbolisent des valeurs que l’individu ou la famille souhaitaient mettre en avant. Ainsi, j’ai demandé à ce spécialiste ce qu’on pouvait comprendre de ce blason d’Etienne Maumen, chanoine de Dax :

Voici sa réponse (il en a profité pour redessiner le blason que vous voyez ci-dessus) : « Ce dernier se blasonne « D’azur aux 2 lions affrontés d’or ». L’azur est la couleur de l’infini. Là où tout commence et où tout finit. Il évoque d’évidence la puissance divine et la félicité éternelle. Le lion, figure la plus représentée dans le bestiaire héraldique, est symbole de courage, de puissance, de pouvoir mais aussi de magnanimité. Par défaut, il est dit « rampant » dans l’art héraldique, c’est-à-dire dressé sur ses pattes postérieures. Ce terme vient du latin rapiens, participe-présent de rapere signifiant se saisir (d’une proie, par exemple), ravir d’où ravisseur, rapt… On pourrait voir dans cette composition héraldique l’évocation du combat permanent entre le Bien et le Mal… Je note qu’elle a également été adoptée par une famille basque Louis (Manuel). »
En plus de découvrir une riche signification, Arnaud Bezard-Falgas nous apprend une relation avec un autre blason, ce qui peut se révéler bien utile car parfois, les deux familles sont reliées à différents niveaux.
Comparaison entre deux blasons pour savoir si les familles sont de même souche
Justement, récemment, j’ai vu le blason d’une famille Mora venant d’Italie et j’y ai trouvé une vague ressemblance avec un blason d’un Mora Landais. Même s’il semble clair que les Mora de Gascogne sont uniquement gascons, Mora étant un toponyme gascon signifiant « lieu humide », j’ai voulu vérifier en envoyant les deux blasons à Arnaud Bezard-Falgas pour vérification. Après tout, ce nom de famille est tellement répandu dans les Landes, il ne faudrait pas le confondre avec d’autres branches venues d’ailleurs :


Le blason du dessus, est celui venant de la famille d’Italie, le second, est celui d’un Mora, procureur d’office de Sabres. Voici la réponse du spécialiste, qui ne laisse pas de place au doute : « Difficile de trouver des analogies entre les deux blasons à travers ma lorgnette héraldique. Le lion, figure la plus représentée dans le bestiaire héraldique, même s’il est du même émail (de gueules), est d’une nature différente sur les armes des Mora italiens. La tête de profil et passant, il s’agit d’un léopard (comme celui des armes d’Angleterre). Issu du latin « leo », le lion et « pardus », la panthère, il symbolise la bâtardise. Pour la couronne d’Angleterre, il renvoie à Guillaume, fils adultérin du duc de Normandie, devenu « Le Conquérant », après qu’il s’est emparé du trône anglais. En outre, celui des Mora transalpins se singularise par les 3 roses qu’il tient. Un signe distinctif que n’aurait pas manqué de reproduire les diverses branches de la famille. »
Petit rectificatif après la publication, apportée par Arnaud : « à y regarder de près, j’ai commis une petite erreur concernant la figure du lion du blason des Mora de Venise. En réalité, il ne s’agit pas d’un léopard, mais d’un lion léopardé. C’est la position de la tête du lion qui induit ces nuances. Par défaut, le lion est rampant et sa tête, de profil. Le léopard est un lion au corps allongé, la tête de face. Si bien que le léopard lionné est un lion (rampant), la tête de face. Un lion léopardé, comme sur le blason des Mora, un léopard (corps allongé), la tête de profil. Désolé de ces subtilités de puriste qui ne changent pas mes conclusions sur la comparaison des deux blasons, mais je tenais à rectifier ». On voit à quel point ce domaine est une discipline à part entière, étudiée dans les formations d’histoire.
Cela confirme ce que je pensais mais c’est quand même mieux de pouvoir en être sûr grâce à des connaissances héraldiques pointues. Bien entendu, parfois, au contraire, les blasons pourront vous permettre de faire des liens entre familles.
En somme, l’héraldique nous permet de connaître les valeurs profondes des familles et permettent de faire des rapprochements entre familles et au final, reflète l’histoire des familles et des individus.
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