En 1710, dans deux actes à Sorbets, la superstition du « mal du roi »

Marie Malabirade

Rencontre insolite dans les actes d’une commune landaise, registre de 1710 de la commune de Sorbets [permalien des AD ici]. Le curé a ajouté en marge d’un acte de naissance qu’« un prénom lui a été attribué, Louis, comme étant le 7ème afin que dieu lui fasse la grâce de pouvoir guérir du mal du Roy… » Et dans l’acte lui-même il précise que l’enfant est septième enfant mâle sans nulle fille.

Source : voir permalien ci-dessus

Et sur la même page, de manière improbable statistiquement, une situation semblable apparaît. Voici la retranscription complète des deux actes :

Naissance de Louis Corthiade

« Le 19ème juillet mil sept cent dix nasquit et fut baptisé (le 20) Louis Corthiade septième enfant masle sans nulle fille fils légitime à Jean Corthiade et Jeanne Marcusse dits du Moutoué lequel a eu pour parrain et marraine Arnaut Corthiade et Margarite Lamarret gens de labeur non signés pour ne savoir escrire de ce requis par moy.

Raute curé »

Mention en marge de l’acte :

« Il faut remarquer que nous avons donné le nom de Louis à cet enfant comme estant le 7e affin que dieu luy fasse la grace de pouvoir guerir du mal du roy et qu’il soit homme de bien »

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Naissances de Louis et Jean Tausin

« Le treizieme aout mil sept cent dix nasquirent et furent baptisés deux frères jumeaux fils légitimes à Jean Tausin et Catherine Marcusse dits du manan de laboyrie il faut remarquer que cette femme a fait huit enfants masles sans nulle fille voila pourquoy le nom de Louis a este donné à l’ainé de ces jumeaux priant le seigneur de le rendre homme de bien afin qu’il ait le pouvoir de guerir du mal du Roy lequel a eu pour parrain et marraine Jean et Magdeleine Marcusse frère et sœur et l’autre a eu le nom de Jean qui a eu pour parrain et marraine Jean et Jeanne Campistron les tous gens de labeur non signés pour ne savoir escrire de ce requis par moy,

Raute curé »

Je connaissais la symbolique du chiffre sept, mais de là à la retrouver dans des actes… Des commentaires suite à la publication sur Facebook m’ont expliqué cette superstition, qui n’est pas propre aux Landes.

Des commentaires instructifs

Tout d’abord, Patrick Lahoudie fait un parallèle avec une autre région : « En général au moins dans les pays autour de la Loire on donnait au 7° enfant mâle consécutif le prénom de Marcou, Marcoul, Marcouf, saint réputé pour guérir les écrouelles, abcès »1. Ensuite, Hervé Barrouquère explique ce qu’est « le mal du roi » :  « c’est juste une expression commune pour évoquer les écrouelles (…). D’après la croyance, les rois de France étaient réputés thaumaturges, notamment le jour du sacre. On prétendait ainsi qu’ils pouvaient guérir les écrouelles ».

Source Wikipedia : image et infos sur les écrouelles

Pour résumer, avec ces deux actes, nous sommes en présence de 7ème enfants d’une fratrie totalement masculine, ce qui, d’après les croyances, leur conférait le pouvoir de soigner les écrouelles, à l’instar des rois !

Note :

  1. Pour plus de précision, voir cette page Qui était saint Marcouf ? ↩︎

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