Les origines de Bertrande Mora se précisent

Chapitre 2 de votre feuilleton historique de l’été 2025. J’avais déjà abordé ce sujet dans un texte moins précis, ici.

Chapitre précédentChapitre suivant

Philippe Mora

Dans les Landes, très peu de « Mora » sont cités avant 1600 alors que ce nom de famille y est parmi les plus fréquents. Ceci dit, Bertrande Mora, mère de saint Vincent, née vers 1545, est souvent mentionnée comme fille de David Mora et Jeanne Niort, à la suite de Charles Blanc (1960) qui a lancé le premier cette hypothèse concernant ce lien filial, sans doute inspiré par le biographe Pierre Collet[i] : « Ses parents, surtout ceux du côté de sa mère, n’étaient pas si obscurs, qu’ils ne pussent occuper ces sortes d’emplois, qui donnent du relief à la campagne et dans les petites villes. Il y en avait même de son temps, qui exerçaient la profession d’Avocat au Parlement de Bordeaux ». Suivant cette théorie, David Mora, qui serait son père, sans être noble, est notaire[ii], greffier, procureur au présidial[iii] de Dax, et donc, Bertrande Mora aurait pour frères Martin, notaire royal à Herm et seigneur cavier[iv], ainsi que Jean, procureur. Cette branche est plutôt sur Dax, Herm, plus tardivement sur Peyrehorade et Pouy. Le fait que Bertrande appartienne à cette famille est possible, par divers faisceaux de preuves indirects mais ils sont insuffisants afin d’établir avec certitude que Bertrande soit bien la fille de David Mora et de Jeanne Niort. D’ailleurs, Pierre Coste historien et prêtre lazariste, nous amène vers une autre piste : « Son père, Jean de Paul, et sa mère, Bertrande de Moras, n’étaient pas, comme certains l’ont cru, des nobles ruinés, mais d’honnêtes et laborieux cultivateurs, possesseurs d’une maison et de quelques arpents de terre ». Pémartin apporte une précision quant à l’emplacement du lieu de vie des ancêtres Mora de Monsieur Vincent : « Les parents de Bertrande de Moras habitaient près de l’église de Pouy. Leur maison en partie conservée porte toujours le nom de Moras[v] ». Pour schématiser, il existe deux hypothèses sur l’ascendance de Bertrande Mora, l’une pour laquelle les parents de Bertrande Mora sont connus et sont des notables de paroisses voisines de Pouy, l’autre qui affirme que ses parents sont des laboureurs locaux. Nos recherches vont davantage dans le sens de cette seconde hypothèse, en proposant de donner une famille à Bertrande Mora, basée à Saint-Paul, tout en observant des proximités avec la branche de David.

Pour gagner en clarté au sujet des ascendants de Bertrande Mora, nous pourrions sonder les archives des cahiers de dîmes de Pouy et de Saint-Paul. Pourquoi cette proposition ? Tout simplement parce que c’est grâce aux cahiers de dîmes qu’il a été possible de remonter jusqu’à André Depaul né vers 1475, laboureur de Pouy, l’ancêtre connu le plus éloigné dans le temps, du saint. Du côté Depaul, cela évite les incertitudes que l’on rencontre du côté Mora. Une autre piste est à suivre, celle de l’héritage de David Mora à Saint-Paul[vi]. Est-ce que ce seraient les lieux-dits du Bayle ou du Chot, arpents de terres jointes des Mora de Saint-Paul ? Malgré ces incertitudes, nous avons tout de même quelques informations et, en l’état des connaissances actuelles, nous soutenons l’hypothèse que les Mora de Saint-Paul ont le même ancêtre que Bertrande, ce que nous montrerons au fil de cette étude.

Dans ce débat, les Mora de Saint-Paul alimentent l’une et l’autre des hypothèses qui finalement ne s’excluent pas forcément. Pour l’hypothèse de laboureurs locaux, les registres paroissiaux démontrent des liens tangibles entre les Depaul de Pouy et les Mora de Saint-Paul. Si nous ne pouvons pas nous appuyer sur les registres paroissiaux à l’époque de Bertrande Mora, née vers 1545, décédée quelques années avant 1623[vii], la question s’éclaire pour les générations suivantes avec les registres courant du XVIIe siècle parvenus jusqu’à nous. Malgré ces actes dans les registres paroissiaux entre les Depaul de Pouy et les Mora de Saint-Paul, ces derniers ne sont que rarement reliés à Bertrande Mora. Dans le même temps, Bertrande est peut-être en lien avec la branche de David Mora mais pas par un lien filial. Comme nous l’avons vu, les Mora de Saint-Paul donnent aussi des arguments allant dans ce sens, avec leur branche à Rivière[viii] qui a des liens très clairs avec celle des « Mora d’Orthevielle », elle-même alliée avec la branche de David Mora, ce qui appuie l’hypothèse de Charles Blanc[ix] :

  • Pierre Mora, de la branche de Saint-Paul, fils de Louis et de Marie Pommiers que nous reverrons très vite, est à l’origine des Mora de Rivière, en se mariant à Catherine Hosses, qui a pour mère Isabeau Mora. Cette dernière a eu un enfant illégitime avec Jean Mora, notaire royal sieur du Peyroux, de la branche des « Mora d’Orthevielle ».
  • Catherine Mora, sœur du même Jean Mora sieur du Peyroux, a pour conjoint Jean Villemayan (notaire royal) qui est parrain de Suzanne Lacommère, elle-même sœur de Laurence Lacommère, épouse de Martin Mora, fils de Pierre Mora ci-dessus.
  • Raymond Lacommère, bisaïeul de Suzanne et Laurence, est marié à une nièce du chanoine Saint-Martin, grand ami de Vincent Depaul. Cette famille Saint-Martin est aussi unie avec les Mora de la branche de David ainsi qu’à la famille de Comet, chez laquelle Vincent Depaul a vécu comme précepteur.
BRANCHE MORA D’ORTHEVIELLE
Génération 1Jean Mora, notaire royal, ca 1565 – ca 1622, marié à une femme non dénommée.
Génération 2Pierre Mora, sieur de Capsaux et du Pey en Orthevielle, notaire royal, conseiller au présidial de Dax, ca 1595 – ca 1673 marié à Hélène Mora, ca 1605, de la branche de David Mora.
Génération 3Martin Mora, ca 1620 – ap. 1667 sieur du Peyroux et Jeanne Saint-Martin, nièce du chanoine, ami proche de Vincent Depaul et fille de Bernard Saint-Martin, sieur du Peyroux.
Génération 4Jean Mora, ca 1640 – ap. 1700, sieur du Peyroux, notaire royal, parmi ses conjointes (non mariés), Isabeau Mora, qui est mère de Catherine Hosses, épouse de Pierre Mora de la branche des Mora de Saint-Paul.

La branche Mora des sieurs du Peyroux, avec laquelle la branche de Saint-Paul a quelques liens, n’est pas celle de David, mais une branche très proche. En effet, les sieurs du Peyroux sont de la lignée d’Orthevielle. L’ancêtre le plus lointain connu est Jean Mora, notaire royal, dont un fils Pierre, sieur de Capsaux et du Pey, est notaire royal. Ce dernier, père du premier sieur du Peyroux chez les Mora, est marié à Hélène Mora, descendante de David Mora, d’où la confusion fréquemment rencontrée. Mais la lignée agnatique (par les pères) des sieurs du Peyroux ramène bien à cette branche sur Orthevielle, assez mal connue. D’ailleurs, il est important de souligner que les Mora sont devenus « sieurs du Peyroux » par l’union entre Martin Mora et Jeanne Saint-Martin qui est la fille de Bernard Saint-Martin, sieur du Peyroux. Ce dernier n’est autre que le frère du chanoine, grand ami de saint Vincent. La caverie du Peyroux est ainsi transmise, des Saint-Martin aux Mora.

Avec ces indices indirects qui ramènent plutôt vers une branche Mora d’Orthevielle, on devrait plutôt indiquer que les Mora de Saint-Paul, et de ce fait Bertrande Mora, sont plutôt reliés à cette branche plutôt qu’à celle de David.

À cela s’ajoutent les liens vus avec la famille Mora de Castel-Sarrazin, de petite noblesse, au cours du XVIIe siècle. Cette famille crée des liens tour à tour avec la lignée de David Mora, les familles lazaristes et, dans une moindre mesure, avec les Mora de Saint-Paul. En effet, cette branche de Castel-Sarrazin est proche des Martiacq par le biais des Poursevigne, famille Martiacq unie maritalement à la branche de David Mora. Ces Mora de Castel-Sarrazin sont aussi liés à la famille Dessarps[x], proche des Mora de Saint-Paul par l’entremise des Bergoing. On retrouvera ces Mora de Castel-Sarrazin avec deux autres prêtres lazaristes : un de Cès, d’un diocèse proche de Dax, c’est pourquoi il n’apparaît pas dans le tableau en introduction et avec François Darrecbieilh[xi].

L’ensemble de ces indices indique un lien à définir entre ces branches mais le rapport père (David) / fille (Bertrande) semble trop fort, car il semblerait bien que jamais aucun Mora de la lignée de David n’ait parrainé des Depaul / Mora.


[i] Collet (1748, p. 110). Cet auteur a eu accès à une généalogie du saint, aujourd’hui disparue. La manière dont il présente la famille de Bertrande est significative : il ne parle pas des parents de Bertrande. Si ceux-ci avaient été David Mora et Jeanne Niort, il les aurait cités, plutôt que les autres individus comme il le fait.

[ii] Nous croiserons la route de plusieurs notaires et il est bon de rappeler qu’un notaire gagnait, le plus souvent, moins qu’un religieux.

[iii] « Ancien tribunal civil et criminel, intermédiaire entre les parlements et les bailliages. (Les présidiaux existèrent de 1552 à 1791) ». Source : le site internet du Larousse : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/pr%C3%A9sidial/63722

[iv] « caverie : petite seigneurie spécifique à la Gascogne, aux caractéristiques mal définies, qui se situait au bas de la hiérarchie seigneuriale. Elle était tenue par un cavier » (Soussieux, op. cit., p. 822).

[v] Dans les actes de Pouy, une maison « Moras » est présente. Mais plutôt au XVIIIe siècle, nous croyons que nous sommes là en présence de la maison de la famille Dadou, qui semble être passée par mariage, à la famille Mora de la branche de David Mora. D’ailleurs la proximité à l’église est plus le lieu d’une famille de notables locaux que d’une famille paysanne. Ceci dit, avant que cette famille s’installe à Pouy, il est fait mention dans un acte de 1676, d’une maison « Moura » (naissance d’une Rieutou le 06/11/1676, AD Landes E 283 /GG1-6 vue 196 sur le site internet).

[vi] L’indication dans l’arbre Geneanet de Cyril Delmas-Marsalet : « Il passa une reconnaissance en 1564 au chapître de Dax pour un héritage en St-Paul, reconnu avant lui par Bertrand du FOS».

[vii] Année du dernier passage de Vincent Depaul dans les Landes.

[viii] Devenue commune de Rivière-Saas-et-Gourby courant XIXe.

[ix] Pour cette partie, en plus de nos recherches, nous avons pu nous appuyer sur celles de Cyril Delmas-Marsalet, avec la généalogie descendante « Saint-Martin » suivante : https://data.over-blog-kiwi.com/0/80/14/58/20200227/ob_bd561d_saintmartin1.pdf

[x] Voir les Notables des Landes, famille Dessarps : https://data.over-blog-kiwi.com/0/80/14/58/20200227/ob_874394_dessarps.pdf ainsi que mon arbre.

[xi] Ce nom a des variantes fréquentes : d’Arrecbieilh, Darretbieilh, Darecbieilh, etc.

Soutenez Généalandogie sur Tipeee, site bien connu pour le financement participatif !

Laisser un commentaire