La famille Mancamp : allons jusqu’à Jean-Joseph

Suite de la série estivale 2025, 4ème article.

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Philippe Mora

Nous allons nous rendre jusqu’à Jean-Joseph Mancamp en partant de ses ancêtres les plus lointains. Mancamp est un nom de famille peu fréquent. C’est un toponyme gascon qui signifie « mauvais champ »[i]. L’abbé Foix relève des Mancamp sur les paroisses de Montfort-en-Chalosse (dès le XIVe), Dax et Bordeaux (dès le XVe)[ii], le plus souvent notaires. Les Mancamp qui nous intéressent descendent de ceux de Montfort[iii], une lignée de notaires. Vincent Foix relève dans les archives historiques de Gironde Bernard Mancamp, notaire de Montfort en 1329 puis un Arnaud Mancamp, notaire dans la même bourgade en 1369. Aux XVe et XVIe siècles, d’autres Mancamp sont cités à Montfort mais la branche est difficile à structurer.

Manifestement, ce nom de famille n’a pas traversé le temps. Il est en effet difficile de trouver des traces de « Mancamp » après 1900 sur toute la France. D’ailleurs la branche Mancamp qui nous occupe s’éteint courant XIXe siècle. Bernard Mancamp, médecin, maire de Pontonx (1801-1812) puis maire de Préchacq-les-Bains (1816-1820) fut le dernier de la lignée. Pieux, il fut d’ailleurs au passage un ami proche de Jean-Félix Pédegert, prêtre et poète gascon du XIXe siècle[iv]. Déjà, au début du XVIIe siècle, tandis que les Pommiers s’allient aux Mora, aidés en cela par leur grande descendance, la famille Mancamp est moins fournie en nombre d’individus. Si elle disparaît, on peut noter, au niveau toponymique, et là encore après une recherche sur toute la France, qu’il n’existe encore de nos jours des noms de lieux « Mancamp », que dans les Landes :

  • À Dax : la rue Mancamp[v] se raccorde de bout en bout à celle des Lazaristes. Hasard de l’histoire ou configuration issue de l’histoire ? Cette rue a été validée en 1961 après consultation auprès de la Société de Borda.
  • À Montfort-en-Chalosse : « Mancam », sans le « p » qui en effet ne se prononce pas, apparaît comme nom d’un lieu-dit et d’un chemin. Sur le cadastre ancien, on voit effectivement un bâtiment entouré de vignes, dénommé Mancam. Il est tout à fait possible que ce soit le lieu de vie du frère vigneron de Marguerite Mancamp, cité plus haut.
  • À Soustons : une maison Mancamp est mentionnée sur les premières cartes de Cassini au lieu dit Mancamp actuel. Elle est a priori sans lien avec notre recherche.
  • À Pontonx-sur-l’Adour : la rue Mancamp jouxte la maison du même nom, emblématique de la ville et construite en 1610. Cette maison a été achetée fin XVIIIe siècle à un prêtre, par la famille Mancamp. L’église actuelle est installée sur une ancienne parcelle ayant appartenu à la famille Mancamp[vi]. Cette maison était la propriété des derniers Mancamp de la branche étudiée dans ce texte.

Mancamp, à Montfort-en-Chalosse, entouré de vignes, source cadastre ancien (3 P 1358 section C, feuille 2, aux AD40)

Dans la première moitié du XVIIe siècle, après l’alliance des Mancamp aux Mora de Saint-Paul, par l’intermédiaire de Marie Pommiers, ils vivent principalement sur Pontonx et Dax. L’oncle maternel de Marie Pommiers, Arnaud Mancamp né vers 1595 et décédé vers 1662, est le grand-père de Jean-Joseph, le prêtre de la Mission. D’abord juge de Préchacq puis notaire royal, il possède une maison noble[vii]. Il est le parrain d’Arnaud Mora, né en 1642, fils de Louis Mora du Chot et de Marie. Sa seconde épouse est Jeanne Cardenau, dame de Brandelis. Ce lieu existe encore aujourd’hui sur la commune de Préchacq. Philippe Soussieux indique que c’est une ancienne maison titrée dans sa notice sur Brandelis (2012, p. 126). Jeanne Cardenau hérite de ce titre suite au décès de son père[viii] Jean Cardenau, écuyer et maréchal des logis des armées de Guyenne. Attardons-nous un peu sur ce dernier. Il était dès 1613 le procureur d’office pour le seigneur de Vignoles-Lahire, protestant converti au catholicisme, dans la lignée de son suzerain Henri IV. Jean Cardenau a servi d’arme légale au profit de son seigneur pour s’approprier des biens[ix]. Voilà sur le plan de ses fonctions, maintenant attardons-nous sur ses liens familiaux. Le chemin pourra paraître tortueux mais il mérite d’être exposé : une de ses nièces par alliance, Jeanne Lavigne, se marie avec Dominique Lacorne qui est le petit-fils de Judith Saint-Martin, marraine de Judith Mora, de la branche de David Mora. Un cheminement qui en amène un autre, plus court et plus important : Jeanne Lavigne et son époux Dominique Lacorne, notaire royal, de Léon, sont les arrière-grands-parents de Jeanne Lacorne, épouse de Jean Depaul, de la branche des Depaul de saint Vincent. Et relevons enfin que les Lacorne sont alliés aux Duchon, eux-mêmes alliés à la lignée de David Mora.

Mais revenons au cheminement jusqu’à Jean-Joseph. À la mort de Jeanne Cardenau, un de ses fils, Jean Mancamp, devient « sieur de Brandelis » et épouse Louise Dayma, d’une famille de notables de Bayonne. Ainsi, nous arrivons à Jean-Joseph Mancamp, prêtre de la Mission, puisque nous venons de présenter ses parents : Louise Dayma et Jean Mancamp sieur de Brandelis. Jean-Joseph, né à Pontonx en 1663, est aumônier des Invalides (Paris). Il y décède en 1731. S’il n’y a pas d’acte en 1663 à Pontonx, nous avons trouvé une inscription des cérémonies du baptême faite à Préchacq le 15 mai 1665[x]. Son parrain est un bourgeois de Bayonne, Jean-Joseph de Lalande, Louise Dayma ayant pour mère Louise de Lalande, famille bien connue à Bayonne. Le frère de Jean-Joseph, Arnaud Mancamp, est le notaire qui a géré la plupart des affaires des prêtres de la Mission et qui est donc mentionné régulièrement dans l’ouvrage de Pémartin. Ce cheminement aboutit au fait que Jean-Joseph Mancamp est le fils d’un cousin de Marie Pommiers, épouse de Louis Mora.


[i] Voir le site Gasconha : https://www.gasconha.com/locs/spip.php?nom_normat3502 Le nom s’écrit parfois par ailleurs « Maucamp ».

[ii] L’abbé Foix relève cela dans les archives départementales de Gironde (AD Landes, 2 F 377). Par ailleurs, un Bernard Mancamp, bourgeois de Bordeaux, est cité dans un texte au XVe siècle sur Gallica.

[iii] Voici l’acte où Marguerite est dite de Montfort-en-Chalosse : https://archives.landes.fr/ark:35227/s0052cbf4421fd72/52cc0075ba354.fiche=arko_fiche_62a84e6e37443.moteur=arko_default_62a88e82782fb

[iv] Bernard Mancamp a signé l’acte de naissance de Jean-Félix Pédegert. Ce dernier venait d’une famille de paysans, pauvres (voir p. 45-47 de la source ci-après). Jean-Félix affirme : « Appelé dès le berceau à être ce que je suis, jamais je n’ai pensé à autre chose » (citation en première de couverture). Bernard Mancamp, « un vieil ami » (p. 45), l’a accompagné sur cette voie, les deux hommes entretenant une relation épistolaire et il semblerait que Jean-Félix Pédegert ait été en quelques sortes un fils spirituel de Bernard Mancamp. Vie de l’abbé Pédegert sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9766751r (permalien). Sa famille décrite dans la grande pauvreté connaît aussi du mieux : son père a le statut d’huissier à la naissance de son fils Pascal (09/12/1824 à Pontonx) et à son décès il est propriétaire-cultivateur (05/04/1853 à Pontonx).

[v] Vient du nom d’une ferme, probablement propriété d’une famille de ce nom, hors les murs avant l’extension de la ville. Voir « Dax au fil des rues [P. Soussieux et G. Laborde], Bull. du Centre Généalogiques des Landes, n°61-62, 2002, p.39.

[vi] Archives privées de la famille Mancamp.

[vii] Cela en 1651. Cabannes de Cauna B-A., 1864, Clergé et noblesse des Landes : armorial. Bordeaux (2ème édition). Permalien de la page 6 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5408194v/f15.item

[viii] Ou son oncle, le lien père/fille est tout à fait probable.

[ix] Les Lahire Vignoles sont de Préchacq-les-Bains : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k122560t/f147.item

[x] AD Landes, E 237 / ES 1723 1.

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