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Philippe Mora
Au XVIIe siècle, certains habitants de Dax ont été choisis comme parrains et marraines par la famille Mora de Saint-Paul. Les registres paroissiaux de Dax, commencés dès le tout début du siècle, sont plus précoces et détaillés que ceux de Saint-Paul. Ils fournissent des informations précieuses sur les conjoints des marraines ainsi que sur les professions, ce qui permet de mieux reconstituer, par le biais des parrainages successifs, le réseau social plus large dans lequel évoluaient ces individus. En revanche, à Saint-Paul, les registres, plus tardifs et parfois lacunaires, offrent moins de précisions sur le statut social ou les origines géographiques des personnes.
L’enquête sur ces liens de parrainage a tout d’abord mis en avant un couple domicilié à Dax : celui de Judith Grillon et Jacques Cristofle, marchand, parfois désigné dans les registres comme « Jacques Christophe de Bayonne », sa ville d’origine. Nés tous deux en 1621[i], Judith Grillon et Jacques Cristofle parrainent des petits-enfants de Louis Mora et Marie Pommiers : Judith est marraine de François Mora en 1681, tandis que Jacques est parrain de Jacques Mora en 1688, tous deux enfants du couple formé par Catherine Labeyrie et Jean Mora. C’est à travers ce couple que se sont esquissés d’autres liens des Mora de Saint-Paul avec le mouvement vincentien landais.

Nous avons ensuite tenté de retracer l’identité et les relations de chaque parrain et marraine, afin de reconstituer progressivement une sorte de « bulle sociale ». Ce couple Grillon / Cristofle parraine non seulement des Mora de Saint-Paul et leurs proches, mais aussi notamment un Lazariste landais.
Les liens avec les familles Casade et Hiriart
Judith Grillon et Jacques Christofle apparaissent comme parrains d’enfants de Pierre Casade. Orthographié Cassade dans l’ouvrage de Pémartin, il fait partie des rares chirurgiens cités, dans un contexte organisationnel et financier[ii]. Mais s’il est présent dans cette étude, c’est aussi parce que Pierre Casade, père et fils, sont proches à la fois des Mora de Saint-Paul (parrainage d’une petite-fille du couple Louis Mora et Marie Pommiers) et de la famille Hiriart, celle d’un des prêtres de la Mission. Ils sont aussi proches de la famille Labeyrie, famille alliée aux Mora, et famille chez laquelle nous croisons le parrainage de Saubat Betbeder, figure importante dans la mission de saint Vincent, que nous retrouverons plus loin.
Il est donc temps d’en venir à la famille Hiriart avec Jacques-Christophe Hiriart, prêtre lazariste, né à Dax le 8 avril 1694. Son parrain n’est autre que Jacques Christofle. Ses parents sont Jean Hiriart, maître chirurgien (collègue de Pierre Casade pourrait-on dire), et Marguerite Lagraulet, originaire de Montfort-en-Chalosse[iii]. On devine l’un des liens entre les familles Casade et Hiriart : le père de Jacques-Christophe Hiriart est lui aussi maître chirurgien.

Les chirurgiens Casade et Hiriart, unis par leur métier de chirurgiens ainsi que par leurs valeurs.
Voici la notice de Jacques-Christophe Hiriart :
« XIV.— Jacques-Christophe Hiriard, né à Acqs, le 8 avril 1694; reçu à Cahors, le 31 janvier 1710; y a fait les vœux le 9 avril 1712 ; mort à Saint-Lazare, le 25 août 1733 ».
Et avant de quitter la famille Hiriart, le grand frère de Jacques Christophe Bayonne, né le 29 janvier 1608 à Bayonne, a pour parrain Pierre Hiriart, chanoine, ce qui peut laisser penser à un lien familial ancien entre les Hiriart et les Cristofle. Il faut dire que ces Hiriart sont originaires de Bayonne, déduction du mariage de Jean Hiriart et Marguerite Lagraulet, à Bayonne, le 23 avril 1684.
Betbeder-Desclaux : liens avec notre étude
Avec les familles Casade et Hiriart, le père de Saubat Betbeder apparaît subrepticement, ce qui me donne l’occasion d’aborder deux familles de rangs supérieurs, mieux connues historiquement, qui ont des liens discrets avec notre réseau. Tout d’abord, Saubat est curé de Pouy, (Buglose), noble, il est fréquemment cité dans l’ouvrage du prêtre de la Mission. Né le 1er novembre 1660 à Dax, il est le fils de Jean Betbeder, secrétaire du roi, et de Marie-Saint-Martin, dont les origines restent débattues. Jean Betbeder est le gendre de César Saint-Martin, qui a retrouvé une des fameuses lettres de Vincent Depaul dans ses papiers de famille.
Saubat Betbeder a pour parrain Saubat Desclaux, conseiller du roi au présidial de Dax, qui est le père de Dominique Desclaux (alias Desclaus-Mesplet)[iv]. Ce dernier part s’installer à Pau et laisse peu de traces de parrainages dans les Landes. En revanche, son père a été parrain de l’un des enfants de Judith Grillon (d’un premier mariage).
On notera aussi que la sœur de Saubat Desclaux, Françoise, a épousé Pierre Lanefranque, avocat au Parlement de Bordeaux. Celui-ci appartient à la même lignée qu’un autre Pierre Lanefranque, époux de Judith Mora, descendante du couple David Mora / Jeanne Niort. Il n’est pas surprenant que les Desclaux et les Lanefranque soient alliés, car ces familles sont toutes deux originaires de Mugron. En remontant encore la lignée Desclaux, on retrouve la famille de Lalande de Bayonne, déjà croisée, notamment en lien avec celle des Mancamp.
Enfin, Saubat Betbeder est aussi parrain de Saubat Casala, fils de Louis Casala, prénommé ainsi en hommage à son propre parrain, Louis Mora du Chot : une nouvelle proximité avec les Mora de Saint-Paul.
[i] Pour Jacques Cristofle, malgré l’acte de naissance, cela reste une déduction. C’est la seule naissance d’un Jacques Cristofle à Bayonne et d’autres indices appuient cette hypothèse. Si c’est bien le cas, il nous amènerait vers Jean Duvergier de Hauranne, célèbre janséniste, parrain dans la fratrie de Jacques Cristofle, en 1616. Cette hypothèse mériterait d’être consolidée. Pour rappel, Vincent Depaul a d’abord été ami de Jean Duvergier avant de combattre le jansénisme après la mort son ami, en 1643 (Soussieux, 2012, p.800).
[ii] Il est mentionné comme témoin dans un acte notarié daté du 18 septembre 1715. Nous pensons que le notaire est maître Dailhencq car Pémartin, à la page 174, indique un nom de notaire de Dax qui n’existe pas, mais ce nom ressemble à celui de Maître Dailhencq. Le nom s’écrit Daillencq aux archives départementales des Landes. Permalien : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9631983s/f190.item
[iii] Il y aurait à étudier cette ville, croisées quelques fois dans mes recherches : Jean Puyo, père d’un enfant avec Judith Grillon en marraine, un Pierre Lostalot, conseiller du roi, qui y décède en 1705, Philibert Ducasau, conseiller du roi en lien avec la famille Rouard, etc.
[iv] Nous proposons par exemple la page de Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Dominique_Desclaux_de_Mespl%C3%A8s
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