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Philippe Mora
Les parrainages précédemment évoqués ont mis en évidence des liens avec des personnes citées dans l’ouvrage de Pémartin, avec un couple central : Judith Grillon et Jacques Cristofle. Nous allons désormais explorer d’autres connexions, avec un nouveau couple au centre, celui de Bertrande Bordes et Saubat Pons[i]. Je m’interrogeais sur la présence de Saubat Pons dans un contrat de mariage auprès des Mora de la lignée du Chot. Le fait que Saubat soit cousin (mais pas cousin germain) avec Jean Mora de la branche de David Mora est une première explication. Tous deux sont avocats au parlement, sans doute celui de Bordeaux. Malgré l’importance de cette proximité, ce n’est pas la cause la plus important : Saubat apparaissait auprès de la famille Mora de Saint-Paul car son épouse, Bertrande Bordes est particulièrement proche de cette famille.

Saubat Pons (1636-1711), Jean Mora (1620-ap.1675), cousins et avocats au parlement
Voyons maintenant la famille de Saubat. Il est issu d’une lignée de procureurs. Sa mère, Jeanne Bedat, est la fille d’un couple Bedat – Martiacq, les Martiacq. C’est probablement à travers ces familles que le cousinage avec Jean Mora, l’avocat au parlement, s’établit. le cousinage avec Jean Mora remonte sans doute à ces familles. L’épouse de Saubat Pons est Bertrande Bordes, marraine d’Arnaud Mora du Chot en 1670 ainsi que de Bertrande Maysonnave, petite-fille des mêmes Mora du Chot.
Le père de Bertrande, Charles Bordes, est bourgeois, jurat et « trésorier des pauvres »[ii], une fonction peu fréquente et qui s’accorde parfaitement au réseau vincentien. Sa mère, Isabeau Larrezet, est originaire de Bayonne. Parmi les parrainages dans la fratrie Bordes, on note celui d’Anne Réal, de Bayonne, appartenant à la même famille croisée chez les Mancamp. En dehors de ces cas spécifiques, les Réal sont très peu présents, voire absents, à Dax et dans ses alentours.
Le couple Bordes / Pons a plusieurs enfants, dont les parrainages nous éclairent sur les réseaux familiaux landais gravitant autour de l’œuvre de Saint Vincent Depaul. Parmi ces parrains et marraines figurent un Mora (avocat, de la branche de David a priori) et sa conjointe Pascale Martiacq, une Dailhencq, Gabriel Grateloup (bourgeois et marchand) et Josephe Lostalot (mal identifiée pour le moment mais liée aux Lostalot des Lazaristes). Cette dernière retient particulièrement mon attention, car la famille Lostalot compte deux prêtres de la Mission issus de la même fratrie.
Un détour par Bertrand de Cès
Mais avant d’en venir à la famille Lostalot, un autre enchaînement peut se faire avec Bertrand de Cès, autre missionnaire, lié aux Pons et aux Bordes. Dans le livre de Pémartin, il est indiqué par erreur que Bertrand est né le 8 janvier 1678, alors qu’il est en réalité né le 8 janvier 1679. Son prénom à la naisance était Bernard[iii]. Il est le fils de Bernard de Cès, baron de Caupenne, né à Doazit, et de Marguerite Brunet, originaire de Bayonne. Même si le couple de Cès / Brunet vit ensuite dans d’autres villes, ils se marient en 1676 à Buglose (Pouy), lieu de culte emblématique du mouvement vincentien.
Bertrand est le seul enfant du couple, car sa mère disparaît rapidement. Après son décès, Bernard de Cès se remarie avec Jeanne Labaume, fille de Martin et d’Etiennette Pons : cette dernière étant la fille d’un cousin de Saubat Pons, étudié plus haut. C’est pourquoi plusieurs membres de la famille Pons, déjà croisés dans notre enquête, apparaissent comme parrains et marraines des demi-sœurs et demi-frères du Lazariste.
La famille Lostalot, deux frères missionnaires
Nous retrouvons maintenant la famille Lostalot, rencontrée à plusieurs reprises, et dont deux fils sont devenus missionnaires. Comme pour les frères Cardenau, nous rappelons qu’il n’est pas rare que deux frères aient embrassé la même vocation religieuse.

La prêtrise, une affaire de famille et même de fratrie !
Ils sont enfants de Pierre Lostalot, conseiller du roi et de Domengine Larrey. L’aîné, Guillaume, né en 1660, devient supérieur du séminaire de Pau, fondé par Dominique Desclaux. Son frère Jean, également missionnaire, est mentionné comme « clerc étudiant » et bénéficie d’une courte biographie. Voici leurs notices dans l’ouvrage de Pémartin :
« Guillaume Lostalot, né à Acqs, le 8 juin 1660 ; reçu à Paris, le 27 mai 1680 ; a fait les vœux le 28 mai 1682 », p.188.
« Jean Lostalot, né à Dax 17 février 1668 ; reçu à Cahors, le 19 avril 1589 [1689] ; a fait les voeurs le 21 avril 1691 », p.188.
Dans la biographie de Jean Lostalot, on apprend qu’il est rapidement emporté par la maladie. Ses confrères se souviennent de ses paroles marquantes bien après son décès : « Les prêtres, disait-il, étant les ministres de l’Eglise, sont obligés, de droit naturel, divin et ecclésiastique, d’acquérir la science nécessaire pour s’acquitter dignement des devoirs de la parole » p. 220. Il résume là parfaitement l’esprit de la Réforme catholique. Il était très apprécié pour son savoir et ses vertus.
Leur sœur Marie Elisabeth, épouse Jean Bedoich, avocat, lequel est le parrain de Jean Hiriart, de la famille évoquée plus haut. Parmi les parrains de leur fratrie figurent Laurent Lostalot, curé de Buglose, personnalité également référencée dans l’ouvrage de Pémartin ou encore Guillaume Labaume, grand-père de Jeanne du paragraphe précédent. Il apparaît ainsi que les jeunes Lostalot étaient, dès leur naissance, intégrés à l’univers de la mission vincentienne. Leur trajectoire illustre l’imbrication des familles de ce réseau spirituel et social.
[i] On retrouve ce couple dans la généalogie descendante de Depons (Pons) Saubat chez les « notables des Landes » de Cyril Delmas-Marsalet : https://data.over-blog-kiwi.com/0/80/14/58/20200227/ob_bb71b3_depons.pdf
[ii] Vu dans la généalogie descendante citée en note précédente. C’est une fonction que l’on croise rarement en comparaison des « avocats », « notaires », etc.
[iii] Les sources proviennent de la généalogie descendante d’Etienne de Cès, réalisée par Cyril Delmas-Marsalet. Lien : https://data.over-blog-kiwi.com/0/80/14/58/20200227/ob_5ef52c_ces.pdf
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