Les mesures anciennes dans les Landes

Marc Billard

Les mesures d’avant la Révolution dans les Landes, comme dans les autres départements, étaient d’une incroyable diversité et donc d’une grande complexité. Chaque paroisse avait sa façon de mesurer qui pouvait différer de celle de sa voisine.

Pour démêler cet écheveau et permettre de convertir les mesures anciennes utilisées dans les Landes avant la Révolution en mesures actuelles reposant sur le système métrique, deux auteurs se sont penchés sur la question :

  • Pierre Burguburu – Métrologie landaise – Bulletin de la Société de Borda 1922, 1er trimestre, p 64 et suiv.
  • Abel Poitrineau et collaborateurs – Les anciennes mesures locales du Sud-Ouest d’après les tables de conversion – Publications de l’Institut d’Etudes du Massif Central – 1996

J’ai exploité ces deux ouvrages pour essayer de mieux appréhender les mesures anciennes utilisées par les quatre notaires successifs installés dans la paroisse d’Herm, au Nord-Ouest de Dax entre le milieu du XVIIème et le début du XIXème siècle. On retrouve là, de manière plus générale, mon questionnement au sujet des dimensions d’une auberge, dans cette paroisse, en 1691.

Cela permet d’éclaircir certaines données mais ne lève pas pour autant toute ambiguïté.

Mesures agraires de superficie

Deux dénominations principales se partageaient le département des Landes avant la Révolution : L’une basée sur le journal ou la journade et l’autre reposant sur l’arpent mais d’une paroisse à l’autre, la valeur de ces deux mesures différait fortement. Par exemple, le journal à Ychoux avait une superficie de 27 ares 86 centiares alors que celui d’Aire mesurait plus du triple avec 89 ares 76 centiares.

Qu’en est-il pour Herm et les paroisses limitrophes ?

Partons de ce qui semble le plus solide.

Le 30 mai 1783, un expert arpenteur de Castets du nom de Jean Labarriere est sollicité par des propriétaires hermois pour mesurer la superficie de deux pièces de terre, l’une située à Herm, l’autre dans la paroisse de Poy (aujourd’hui Saint-Vincent-de-Paul). L’arpenteur sait bien que la mesure d’Herm n’est pas la même que celle de Poy, aussi il précise qu’à Poy, il faut « 100 perches carrées pour un arpent et la perche à 22,5 pieds ». Cela fait donc l’arpent dans cette paroisse à 50 625 pieds carrés.

Reste à savoir ce que représente un pied carré à la fin du XVIIIème siècle. A cette époque, le pied dit pied du Roi semble s’imposer à l’échelle nationale et il représente très exactement 0,324839 m, soit un pied carré de 0,1055 m². On aurait donc à Poy un arpent de 5341 m² ou 53 ares 41 centiares, ce qui correspond parfaitement au chiffre avancé par Poitrineau et Burguburu dans leur ouvrage respectif. Les paroisses du Marensin (Castets, Léon, Saint-Michel-Escalus, Linxe, Taller…) mais aussi Saint-Paul-lès-Dax, Gourbi ou encore Saint-Geours-de-Maremne utilisent ces arpents ou journaux identiques selon ces mêmes auteurs qui ne donnent malheureusement pas les raisons de tels regroupements.

Les choses sont plus confuses pour Herm

Dans cette paroisse, le journal est divisé en 10 saisons, la saison en 10 sillons.

Le terme de saison est utilisé par le notaire Pierre Girard, actif à Herm vers 1650/1660 et Jean Hosseleyre mais semble abandonné par son fils Jean Placide Hosseleyre (notaire à Herm entre 1728 et 1753) et Pierre Desbiey qui calcule seulement en journal et sillon.

Les termes « arpent » et « perches » sont rarement utilisés dans les actes.

Avec le même pied carré de 0,1055 m², le journal à Herm aurait une superficie de 9485 m² ou 94 ares 85 centiares mais ici, ce chiffre est en contradiction avec celui avancé par Poitrineau qui reprend Burguburu, ce dernier n’attribuant à Herm (ainsi qu’à Laluque, Lesperon, Magescq, Onesse-Laharie ou encore Arjuzanx) qu’un journal de 62 500 pieds carrés, soit 65 ares 95 centiares ou 6595 m².

Le notaire Pierre Desbiey, au début du XIXème siècle, à une époque où système ancien et système métrique coexistent, a la bonne idée de faire, dans quelques actes notariés, des conversions entre ares et journal mais cela reste des approximations :

  • Acte du 2 pluviôse an XII : « 18 ares 18ca ou un quart de journal ou environ, ce qui fait le journal à 72,72 ares ”
  • Acte du 18/06/1815 : “1 hectare 23 ares ou un journal trois-quarts ancienne mesure, ce qui fait le journal à 70,29 ares”
  • Acte du 14/01/1821 : « 1 hectare 31a 90 ca ou deux journaux ancienne mesure d’Herm, ce qui fait le journal à 65,95 ares », soit ici la mesure proposée par Pierre Burguburu.

Difficile donc de conclure sur la superficie du journal à Herm. Elle est certainement plus élevée qu’à Castets ou Saint-Paul-lès-Dax et elle se situe entre 6595 et 9485 m², ce qui fait quand même un écart de 44% entre les deux chiffres.

Mesures de longueur

Cela semble plus simple dans ce domaine et pourtant !

Les mesures de longueur, dans les Landes comme partout ailleurs dans la France d’Ancien Régime, se calculent en toise subdivisée en 6 pieds, le pied en 12 pouces, un pouce en 12 lignes.

L’autre unité de mesure de longueur, utilisée en particulier par les drapiers pour mesurer les tissus, est l’aune.

A l’inverse des mesures de superficie, il semblerait qu’il y ait ici unicité des mesures de longueur dans le département mais il y a ici désaccord entre Pierre Burguburu pour qui la toise fait 1,95 mètre, alors qu’Abel Poitrineau la fixe à 11cm de moins avec 1,841 m. Qui croire ?

Nos deux auteurs, en revanche, s’accordent sur une longueur unique de l’aune dans le département : 1,191m. Pourtant, cette mesure semble élevée au regard des mesures effectuées en aune par Jean Hosseleyre, notaire à Herm entre 1686 et 1735. Comme évoqué dans un précédent article, le notaire donne, dans un acte de 1691, les mesures d’une maison à construire à côté de l’église d’Herm : 24 aunes de longueur sur 22 aunes de largeur, soit, avec l’aune à 1,191m, une maison de 28,6m par 26,2m, et donc une surface au sol de presque 750 m², ce qui semble totalement démesuré. Je pense donc que l’aune servant à mesurer les tissus n’avait pas, au moins à Herm à la fin du XVIIème siècle, la même longueur que celle mesurant les côtés des maisons.

Les autres mesures

Les notaires hermois sont moins diserts sur les autres mesures et ne permettent pas d’établir des équivalences précises entre anciennes et nouvelles mesures. Contentons-nous de relever les termes utilisés par nos quatre notaires et croisons-les avec les informations apportées par Burguburu et Poitrineau :

  • Mesures pour les liquides

A Herm, le vin, le vinaigre, l’eau de vie, le cidre mais aussi le goudron se comptent en barrique

Selon Pierre Burguburu, la barrique contient 312 litres et le baril représente 1/3 de barrique mais le terme de « baril » n’est jamais utilisé par les notaires d’Herm. Abel Poitrineau, de son côté, note que la barrique d’eau de vie fait 195 litres. Comment s’y retrouver ?

Pierre Burguburu évoque aussi la tasse de 0,306l parfois citée par les notaires qui utilisent aussi le terme de pinte en particulier pour calculer le volume de graisse ou de cire.

Source : Abel Poitrineau et collaborateurs – Les anciennes mesures locales du Sud-Ouest d’après les tables de conversion

  • Mesures pour les grains

Pour le calcul des grains, les notaires d’Herm au XVIIIème siècle utilisent le terme de mesure et précisent qu’il y a 16 poignerées dans une mesure.

Pierre Burguburu intègre Herm parmi les paroisses qui utilisent la mesure de 22,02l.

Un grand coffre, selon Jean Hosseleyre, peut contenir jusqu’à 24 mesures.

Les notaires, outre la mesure, emploie également, pour définir le volume des grains, la conque qui fait 43,74l dans le Seignanx avec le carteron comme sous-multiple.

Le sac est encore un autre moyen de compter le grain. Le sac vaut 4 mesures selon Abel Poitrineau.

  • Autres mesures de volume

Les notaires d’Herm utilisent le terme de charret ou charretée au nom évocateur pour définir des volumes de tuile, de brique, de bois ou de charbon de bois, de foin ou de fumier.

A Herm, on utilise également le caa ou Ka, pour mesurer les volumes de ces mêmes matériaux. Dans les Landes, un kaa était une charrette à 4 roues. Selon Abel Poitrineau, le ka de sel équivaudrait à 874,8l.

Pierre Girard, au milieu du XVIIème siècle, utilise aussi la charretée pour calculer le volume de grain. Par exemple, dans l’appentis d’une maison, « il y a un grand coffre de bois de pin vieux et usé de la tenance d’une charretée et dans icelui, il y a 3 conques de seigle » mais il est possible que la charretée de Pierre Girard n’ait pas le même volume et le même sens que la charretée utilisée par ses successeurs.

Pour conclure, le travail de conversion dans les Landes entre anciennes mesures et mesures actuelles est particulièrement complexe et donc inachevé. Profitons de ce blog pour faire remonter des données issues de notaires, de géomètres, de journaux et d’almanachs anciens, ou de monographies communales afin de parfaire les travaux de Pierre Burguburu et d’Abel Poitrineau.

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