Dax, 16ème siècle : André de la Serre œuvre comme archéologue au profit de sa ville natale

Philippe Mora

André de la Serre, ou La Serre1, est l’auteur du plan très intéressant de Dax, de l’article précédent : Regard généalogique sur « Histoire de Dax. Les temps modernes (XVI-XVIIIe siècle) ». Autant le dire, c’est à ma connaissance, le seul plan de Dax, de ce type, sur cette période, c’est pourquoi Christian Desplat l’a choisi comme illustration au centre de son livre. Mais qui était André de la Serre ?

C’est Philippe Tamizey de Larroque qui a fait ressortir de l’oubli ce document et avoue avoir peu d’informations sur l’auteur : « Je n’ai malheureusement rien à dire sur André de la Serre, dont on ne trouve le nom dans aucun de nos recueils biographiques et bibliographiques » Source : « Documents inédits pour servir à l’histoire de la ville de Dax », 1878 : ici. Ce lien vous donne l’accès direct vers le document qui s’intitule De la ville d’Acqs en Gascoigne et des choses singulières et remarquables en icelle et es lieux circonvoisins.

Et ailleurs : « André de la Serre, avocat en la cour de Parlement de Paris, natif de la ville d’Acqs. » Belleforest y ajoute seulement le titre de « lieutenant particulier de Bayonne. » Les chercheurs landais finiront bien par trouver quelque chose de plus sur cet antiquaire du XVIe siècle » (Revue de Gascogne, 1884 : ici).

C’est exactement ce que je vais faire, tenter de mieux le connaître, généalogiquement surtout. Déjà, on peut faire un petit point sur sa profession : il était donc avocat, et les qualificatifs d’antiquaire – on ne parlait pas d’archéologie à cette époque-là – ou d’archéologue proviennent de ses passions. C’était un érudit local. Et aujourd’hui, si on parle encore de lui, c’est notamment grâce ce fameux plan de Dax et alentours.

Même source que la fois précédente, mais cette fois la page est simplement prise en photo. Vous choisirez selon votre préférence !

Informations généalogiques sur André de la Serre

Je n’ai sans doute pas tout trouvé à son sujet, et ai le secret espoir qu’une lectrice ou un lecteur en trouve davantage. Mais voici déjà quelques informations qui nourrissent la recherche et font mieux connaître cet antiquaire du 16ème siècle.

Tout d’abord, je n’ai rien trouvé sur ses ancêtres mais grâce à l’information comme quoi il était lieutenant particulier à Bayonne, de nombreuses informations en découlent. Je me suis appuyé sur le site Généalogie et Histoire des Familles Pays-Basque / Adour Maritime. Commençons par sa conjointe, qui se nomme Laurentine Castetnau, issue d’une famille bayonnaise bien installée : son père, Guillaume, est maître de la monnaie, maître des ponts, ports et passages de Guyenne (1553) et maître de la traite foraine, son grand-père maternel, Antoine Castetnau, né vers 1470, maître de la monnaie. On apprend que ce dernier est originaire de Chalosse et qu’il avait deux frères et qu’ils sont de la lignée des marquis de Castetnau d’Essenault (ici).

Laurentine Castetnau et André de la Serre ont au moins deux enfants. Pour l’un d’eux, François, nous avons accès directement à l’acte, né à Bayonne le 14 octobre 1587, acte qui confirme qu’André de la Serre était lieutenant général. Je ne sais rien du devenir de cet enfant, par contre pour sa sœur, dont je n’ai pas trouvé l’acte de naissance, nous en savons au final un peu plus sur d’autres points. Grâce à un texte du Bulletin de la Société des sciences & arts de Bayonne, nous apprenons que Micheau de Sossiondo était le gendre d’André de la Serre. Ce gendre était lieutenant-général du bailliage de Labourd et avec la fille d’André de la Serre (prénom non indiqué), ils eurent au moins 2 enfants : Pierre Sossiondo (qui occupera la même charge que son père) et Guillaume Sossiondo, avocat et procureur au sénéchal de « Labours en Basques« . Ce dernier se marie avec Catherine Carsolle. Ils ont un enfant prénommé André, qui deviendra bourgeois de Bayonne et se mariera avec Jeanne Tendron, en 1671. Pour plus sur les Castetnau / Castelnau, vous pouvez vous référer au travail de l’abbé Légé sur Les Castelnau-Tursan.

Pour ceux qui voudraient plus de précisions généalogiques, vous pouvez vous rendre sur mon arbre Généanet.

Quelques apports de ses relevés de types archéologiques

Si je parle de lui aujourd’hui, c’est parce que Christian Desplat le cite dans son livre sur Dax : « En 1568 André de la Serre, un Dacquois avocat à Paris, établit l’existence d’une vaste enceinte carrée et mit à jour plusieurs bassins de bains » (p.93). L’historien ajoute que ces informations sont reprises ensuite par d’autres auteurs. Pour ma part, cela m’a donné envie de relever les notes sur le schéma illustrant cet article. Les petits liens proposés « ici » vous mèneront vers le texte d’André de la Serre afin d’avoir plus d’informations :

A l’extérieur de la ville fortifiée :
– « St Vincent » : pas pour saint Vincent de Paul, mais pour saint Vincent de Xaintes (ici).
– « Monastère » (ici, comme couvent semble-t-il).
– « St Paul » : il note je crois « sépultures », « auberges » (ici).
– « Eglise St Pierre ».
– « Château de « terre seigneuriale ? » de St Pandelon » (ici).
– « Bains de Tercis » (ici).
– « Peyre-longue » (ici).
– « Cassietz », lieu près de la pierre-longue ci-dessus (ici). En lien avec la sépulture d’un Romain.

La ville fortifiée :
– Ses portes : « St Pierre », « St Vincent », « Bonne-Dame » (ici).
– Eglises : « Eglise Notre-Dame » (ici), « Les Cordeliers » (ici), « Les Carmes » (ici).
– « Les bains »(ici).
– « Sénéchaussée » (ici).
– « Le collège »(ici).
– « Le château royal » (ici).

Ceci vous donne un aperçu de l’apport d’André de la Serre pour sa ville natale. Pour plus, vous pouvez bien entendu lire son texte directement et les analyses qui en découlent chez les historiens, érudits locaux et autres passionnés. Je vous propose une analyse, accessible sur le blog Landes en vrac : Le château disparu de Dax. Comme vous le voyez, même si André de la Serre n’était pas un archéologue comme on l’entend de nos jours, son apport est loin d’être négligeable et mérite qu’on s’y attarde et qu’on l’étudie.

Note :

  1. « Serre(s), Lasserre (crête allongée d’une colline en forme de croupe / hauteur, colline) ». Les noms de famille en Gascogne, de Philippe Soussieux, p.71. Il serait donc d’une famille Lasserre, Laserre, ou Serres, noms que l’on trouve effectivement, sur Dax, dans les registres paroissiaux du 17ème siècle. ↩︎

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