Communauté villageoise landaise : capcazaux, ahitons, novelins, colons…

Article introductif : Vie paysanne landaise dans l’Ancien Régime : ma lecture de l’oeuvre d’Anne Zink Article suivant : à venir

Philippe Mora

La communauté s’occupe des biens communs, des biens spirituels et de la perception fiscale. Mais qui fait partie de cette communauté ? La communauté, ce n’est pas l’ensemble du village : « Toutes les cellules économiques du village jouissent du droit de capcazal. Les exclus sont les nouveaux venus, les locataires, les gens qui ne payent pas la taille [un impôt] et qui ne sont admis qu’en surnombre de la communauté » (p.72). En somme, mieux vaut être propriétaire pour peser dans la communauté. On l’a vu dans un autre texte : un capcazal, plus qu’un individu, est une maison, les exclus sont précisément ceux qui n’ont pas de maison, ou qui n’en sont pas propriétaires. La communauté villageoise, c’est donc principalement ces propriétaires agricoles.

Mais il existe deux autres statuts de propriétaires terriens, inférieurs sur le plan social à celui des capcazaux : les ahitons et les novelins. Ces deux types de maisons sont considérés comme « nouvelles » par rapport aux maisons capcazales. L’ahiton1 est bâti dans l’enclos d’une ancienne maison, tandis que le novelin, est construit sur les communaux. L’historienne constate que, pour un projet commun, la participation aux tâches ou aux redevances est réduite de moitié entre un capcazal et un ahiton : « Un ahiton n’est pas deux fois moins riche qu’un capcazal, il a moitié moins de droits et de dignité. Le village se présente comme nous l’avons déjà vu à propos de la paroisse et des landes, comme une constellation de maisons, c’est-à-dire comme une structure, et non comme une certaine superficie de terrain ».

Des précisions sur les capcazaliers

Les capcazaliers (du latin « cap » chef », caza « maison ») sont des chefs de maisons landaises ayant un statut juridique spécifique. Wikipedia introduit ces propriétaires terriens propres à la période pré-Révolutionnaire : « Les capcazaliers étaient, en effet, des propriétaires roturiers, possédant des terres libres ne relevant d’aucun seigneur ». Cela, c’était aux origines immémoriales, mais après, il y a des variations et ainsi les analyses divergent. L’hypothèse qu’on rencontre le plus souvent tend à s’en tenir aux origines et à surestime parfois le rang dans la société. Wikipedia cite Jean Peyresblanques, ancien président de la société de Borda, qui « estimait qu’il devait y avoir une, voire deux capcazalières dans chaque paroisse ». Il évoque sans doute ici les maisons capcazalières apparues très anciennement (époque romaine ?!), mais les capcazaux qui nous intéressent en tant que généalogistes sont ceux des 17ème et 18ème siècles. En effet, pour ce qui concerne nos ancêtres laboureurs, nous n’avons que très peu accès aux siècles antérieurs. Pour ces deux siècles de l’Ancien régime, l’historienne Anne Zink indique au contraire que les capcazaux ne sont pas rares. Avant d’aborder leur nombre, voyons comment elle introduit la notion :

« Bergoing a beaucoup fait pour donner toute sa rigueur à la notion de capcazal et aux droits qu’elle implique. Ecrivant sous la Restauration au nom de certains propriétaires qui sous le prétexte de privilèges capcazaliers essayaient de faire attribuer à leurs maisons l’usage exclusif des communaux, il a perdu la partie. Il apporte sur le droit et la pratique d’Ancien régime de nombreuses informations tirées en particuliers de procès mais il se garde bien de citer les faits qui iraient dans le sens de la partie adverse, d’éventuels procès gagnés contre les capcazaliers et surtout la possibilité qu’une pratique quotidienne non-litigieuse accorde automatiquement ce titre à toute véritable exploitation agricole. » (Zink, Clochers et troupeaux, p.66).

Maison capcazale de Montfort-en -Chalosse (source Wikipedia)

Anne Zink cite ici Pierre-Théodore Bergoing (1752 – 1829), avocat dacquois, auteur des Observations de M. Bergoing avocat sur une discussion polémique entre l’auteur du traité des capcazaux et l’auteur du traité de la propriété des communaux et des droits des capcazaux dans les paroisses de l’ancienne prévôté de Dax et notamment à Saint-Vincent-de-Xaintes (Dax, 1825). Comme elle le souligne, Bergoing plaide pour certains propriétaires, et non pour l’ensemble des propriétaires d’une même paroisse. On retrouve ici les deux visions qui coexistent encore aujourd’hui : l’une restrictive, réserve ce statut aux plus aisés, l’autre, étayée par l’analyse historique, affirme que ce statut s’est élargi, mais non sans limites :

« A Pouy [ancien nom de Saint-Vincent-de-Paul], l’acheteur d’une métairie inculte n’aura véritablement le droit de capcazal qu’en bâtissant une maison de colon et en la faisant exploiter pendant trois ans, ceci pour montrer qu’elle est viable. C’est cet équilibre que traduit la notion de capcazal. Elle permet d’écarter des communaux les locataires, les brassiers et même certains petits exploitants, ou de ne leur laisser que des portions de survie » (p.66).

Pour donner un ordre de grandeur chiffré, la spécialiste de la Gascogne de l’Ancien Régime parle du « partage des communaux de Heugas en 1727 [qui] signale cent dix-sept capcazaux » et cite également les statuts de Saugnac d’Arzet pour appuyer son analyse. Ces derniers sont accessibles en ligne et permettront aux lecteurs les plus curieux d’approfondir encore le sujet.

Par ailleurs, Anne Zink souligne que cette organisation fondée sur les maisons capcazales, composées de propriétaires terriens, permet de réduire les inégalités en comparaison de paroisses qui ne connaissent pas ce statut. Elle précise que ces « groupes de maisons qui se veulent égales et qui défendent ensemble leurs privilèges constituent un corps d’Ancien régime comparable aux corps de métiers » (p.67).

Comment savoir si un de vos ancêtres landais était capcazalier ?

Comme indiqué, ce statut a disparu avec la Révolution. Les critères qui suivent ne s’appliquent donc pas après cette période. Cela rappelé, si votre ancêtre est désigné suivi d’un lieu-dit ou d’une maison comme une sorte de titre, il est fort probable qu’il soit capcazalier. S’il est qualifié de laboureur, c’est aussi un signe dans ce sens. Le statut de laboureur indique un propriétaire de ses terres, ce qui le différencie du métayer (aussi dit colon), du brassier, etc.

Si vous avez la chance de consulter des actes notariés, vous y trouverez l’énumération de ses possessions foncières. Les tables des décès, successions et absences sont aussi précieuses, car elles permettent de connaître les biens et leurs valeurs. Enfin, en l’absence de ces sources, si vous constatez que plusieurs générations se succèdent au même lieu, il est probable que la famille en soit propriétaire : les métayers, en revanche, sont le plus souvent amenés à se déplacer.

En guise de conclusion, un petit cas concret : cette réflexion sur la notion de capcazal concerne directement saint Vincent Depaul, dont le père était chef de la maison de Ranquines, à Pouy. Certains auteurs ont surévalué le statut social des ascendants du saint à partir de ce seul critère. D’autres, mieux informés, je pense notamment à Pierre Coste, ont décrit plus justement le niveau social des parents du plus célèbre des Landais : ils« n’étaient pas, comme certains l’ont cru, des nobles ruinés, mais d’honnêtes et laborieux cultivateurs, possesseurs d’une maison et de quelques arpents de terre ». J’en ai déjà parlé plus précisément dans cet article.

Notes :

  1. Etymologie du mot sur Gasconha. ↩︎

Bibliographie :

Coste P., 1932. Le Grand Saint du Grand Siècle : Monsieur Vincent. Paris, Ed. Desclée, de Brouwer et Cie.

Zink A., 1997. Clochers et troupeaux. Les communautés rurales des Landes et du Sud-Ouest avant la Révolution. Presses Universitaires de Bordeaux.

En complément :

Vieilles maisons. Les Voisins. Les maisons capcasalères. Les inhumations dans les église. Les pins francs, de Philippe Dubedout.

Et si vous désirez découvrir la généalogie de Pierre Théodore Bergoing, ou Pierre Bergoing, vous le trouverez dans mon arbre Généanet.

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