Le testament « clos et secret » de Catherine Dumont, dame du château de Villandrau

Philippe Mora

A la cote 3 E 8 / 90 / 11, un document retient particulièrement mon attention : le testament de Catherine Dumont, dame du château de Villandrau, situé à Tilh. Rédigé par un tiers, l’acte précise qu’elle en signera le bas de chaque page : les signatures laissent supposer des problèmes de santé. Elle est alors âgée de 62 ans. La présentation du contenu, portée sur l’enveloppe, est rédigée par maître de Gramon.

Daté du 8 février 1788, le testament présente la particularité d’être entièrement scellé : l’inscription figurant sur l’enveloppe indique qu’il doit demeurer « clos et secret ».

Une mention précise qu’il ne devra être ouvert qu’après le décès de Catherine Dumont et que l’acte est remis à maître Gramon en présence de plusieurs témoins.L’enveloppe contenant le testament.

Le texte stipule que cet acte annule les dispositions antérieures. Catherine Dumont y confirme néanmoins son choix d’instituer pour héritier universel son neveu, Jacques Dumont Besselere2.

Veuve depuis juillet 1787, elle est alors devenue propriétaire du château de Villandrau.

Source Wikipedia

Ses volontés ont été respectées : en 1794, « Jacques Dumont dit Besselere » adresse une demande au Comité de surveillance d’Orthez, chargé de faire respecter les principes de la Révolution. Il réclame les « effets déposés au Comité et à lui appartenant, comme héritier de la feue citoyenne Dumont veuve St-Cristau, nous ayant représenté l’extrait mortuaire3de cette femme ainsi que l’expédition du contract de mariage signé de Lafitte, notaire, et qui renferme l’institution d’héritier en faveur du dit Besselere. En conséquence, le Comité a remis et délivré les effets » (source).

Son héritier universel doit faire cette démarche car Catherine Dumont décède durant le contexte troublé de la Révolution : « elle eut une fin tragique. En 1794, fin de prairial an III4, au plus fort de la Terreur, elle fut arrêtée, conduite à la prison d’Orthez malgré ses protestations selon lesquelles elle était née « sans culotte »et mourut peu de temps après au dépôt de mendicité, à Bayonne. » Il serait possible de mieux connaître les conditions de sa détention et les circonstances de sa mort en consultant les AD 64 (sans doute aux archives des administrations et juridictions de la période révolutionnaire, district d’Orthez).

Source : l’article du CGL

Le testament a été acquis en 2004 par les archives départementales lors d’une vente aux enchères (voir ici), avec d’autres documents relatifs de familles locales, surtout de Pomarez. Elles indiquent : « Un testament original de 1788, concernant la famille Dumont de Saint-Cristau, à Tilh, a été extrait de cette entrée et classé avec une autre minute de, de Gramon notaire, en 3 E 8/90-2 »5, ce qui permet aujourd’hui, de vous le faire découvrir sur ce blog… et de mieux comprendre dans quelles conditions le château parvint à Jacques Dumont Besselere.

Notes :

  1. Le genre de référence qui n’entre pas dans l’ordinateur qui sert à passer les commandes à la salle de lecture, car trop longue : il faut alors demander aux archivistes. Si cette cote est correcte, une autre l’est aussi : on peut voir aussi sur le site des AD 40 celle de 3 E/8 90-2. Ce document est arrivé avec un ensemble de pièces achetées aux enchères de Dax, en 2004, lors de la « Vente de la collection ou archives familiales de Jean-Louis Blanc ». On pourrait croire à la lecture du Répertoire numérique des fonds du château de Tilh qu’il serait arrivé en 2020 par la famille Champetier de Ribes, mais ce n’est pas le cas. ↩︎
  2. Il aura eu plusieurs fonctions au cours de sa vie, dont celles d’avocat et de maire de Tilh. ↩︎
  3. Un extrait mortuaire, à l’époque révolutionnaire est un document officiel qui atteste le décès d’une personne. Il est généralement délivré par l’administration civile ou militaire, selon le contexte du décès. ↩︎
  4. Y aurait-il une erreur ? Sauf erreur de ma part, ce serait plutôt 1795. ↩︎
  5. Champetier de Ribes, François, « Le Château de Villandrau à Tilh (Landes) » dans Bulletin du Centre généalogique des Landes, n° 60, 4e trimestre 2001, p. 466-469, Per 4° 684/2. Article partagé sur leur site internet ici. ↩︎

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