Entrez dans une auberge landaise… en 1691 !

Marc Billard

Cet article fait écho à celui publié sur ce blog en janvier 2025 et qui montre le plan d’une maison paysanne landaise, de 1779 (ici).

Dans les minutes du notaire Jean Hossedeleyre1, j’ai trouvé ce plan, de la maison dite de l’église à Herm, dessiné au sein d’un acte daté du 4 février 1691.

Voici le rez-de-chaussée :

Et l’étage :

Cette maison est ancienne, parmi les rares bâtisses qui entourent l’église du village. Elle est déjà citée dans des actes notariés datés de 1649 et on se souvient du meurtre d’un Hermois dans cette même maison en 1651 qui a donné lieu à un monitoire retrouvé dans les minutes du notaire Pierre Girard (lire ici).

La maison de l’église porte ce nom d’une part parce qu’elle est proche de l’église du village et d’autre part parce qu’elle appartient à cette même église, les marguilliers (laïcs qui gèrent les biens de l’église) la louant pour rapporter un petit pécule nécessaire tant aux réparations de l’église que de ladite maison. Elle est louée en particulier à des « hostes » qui l’exploitent comme auberge. En 1651, c’est Vidon Dupruils qui en est l’hôte.

En 1691, la maison menace ruine et le coût des réparations consomme l’essentiel du prix de la ferme. Aussi, Jean Lesbats, marguillier-fabriqueur de l’église Sainte-Madeleine d’Herm, avec l’accord de Pierre Labasque, curé de l’église, prend la décision de rebâtir à neuf une nouvelle maison à côté de l’ancienne d’où un acte notarié de prix-fait, c’est-à-dire un contrat de commande entre le marguillier et le charpentier qui a emporté le marché et dans lequel se trouve le fameux plan.

Architecture, matériaux… et fonctions !

La maison est légèrement rectangulaire de 24 aunes de longueur sur 22 de largeur. Reste à savoir la longueur d’une aune ? A Bordeaux, l’aune faisait un peu moins d’1m20. Cette mesure était-elle identique dans la sénéchaussée de Dax ? Auquel cas la maison mesurerait 28m50 sur 26m10, ce qui semble disproportionné.  Sur tout le côté droit de la maison, le contrat de prix-fait précise également la construction d’un appentis d’une largeur de 5 aunes et demi.

L’ensemble ainsi bâti comporte 6 pièces malheureusement non nommées dans la maison et 2 sous l’appentis.  La maison est aussi dotée d’un étage avec un escalier à l’intérieur pour y accéder. Le rectangle aux trais épais vers le milieu de la maison correspond à une « cheminée à deux visages » construite de part et d’autre d’une cloison. Au total, la maison et appentis comportent 11 portes et 7 fenêtres. La structure portante est en chêne et le reste en pin. Le remplissage est en torchis. Il est prévu enfin que le toit soit couvert de tuiles prises à la maison vieille qui doit être détruite.

Pas d’étable ici. La maison n’est pas destinée à des activités agricoles.

Après enchères descendantes, la construction est confiée à Jeannon Lassalle, charpentier d’Herm, pour la somme de 136 livres 10 sols.

Il est enfin précisé que Jean Mimbiolle, l’hôte occupant la maison vieille de l’église en 1691, sera relogé dans la maison neuve aux mêmes conditions que précédemment.

Pendant un peu plus de 50 ans, nous suivons l’existence de cette maison dans d’autres actes notariés ou dans les registres paroissiaux.  La maison de l’église était une maison de location, elle a eu plusieurs fonctions, selon le locataire. Dans les actes, on a l’impression qu’elle est là pour dépanner les nouveaux arrivants. Par exemple, Jean Mimbiolle croisé ci-dessus, loue quelques années la maison de l’église puis achète la maison de Lacomme pour 670 livres où il continue sa profession d’hôte. Les 2 maisons sont bien placées à côté de l’église pour servir de taverne et d’hôtel si besoin pour les voyageurs, quels qu’ils soient.

Une disparition progressive

En 1743, nous retrouvons la maison de l’église mais de neuve qu’elle était en 1691, elle est devenue une maison vieille avec les bois porteurs qui menacent ruine et le torchis qui se délite. Comme entre-temps, l’église d’Herm a fait bâtir d’autres maisons dans le village sur des parcelles qui lui appartiennent, le marguillier prend la décision de la vendre à rente foncière constituée en 1744 à Jean Simoné, marchand d’Herm à raison de 27 livres par an.

La maison semble perdurer encore quelques années : jusqu’en 1768, nous retrouvons sa mention dans les actes paroissiaux puis elle disparait définitivement tant physiquement que dans la mémoire des habitants du village.

Note :

  1. Référence aux archives départementales des Landes : 3E58/43. ↩︎

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