Marc Billard
Le dimanche 18 décembre 1650, un fait divers dramatique a lieu dans le petit village de Herm au Nord-Ouest de Dax. Nous sommes au mois de décembre. Il fait froid. Jeannon Maucrieau se réchauffe au coin du feu, dans la taverne tenue par Pierre Lacomme. Entre alors, affolé, Jean Tallaret dit Lescolier, accompagné de Martin Barrere, son cousin, qui dit qu’il y a une altercation entre un groupe de Basques et Vidon Dupruils, hôte qui gère la maison de l’église, une autre taverne à quelques pas de la première, et qu’il faut aller le secourir. Jeannon s’exécute et voici les trois compères qui se précipitent vers la maison de l’église. La porte de devant est fermée ; qu’à cela ne tienne, ils font le tour de la maison et passent par la porte de derrière qui donne sur le jardin. S’ensuit une mêlée confuse entre les Basques et les Hermois qui fait grand vacarme dans le village. Alors que Jeannon Maucrieau s’agrippe au canon d’une arquebuse tenu par un basque, il reçoit un coup de couteau qui le blesse mortellement sans avoir pu voir le porteur du poignard. Ramené chez lui, Jeannon agonise pendant quelques jours et meurt sans en dire plus sur son meurtrier.

Cette image provient d’un article sur le monitoire
Cette mort violente nécessite enquête et poursuite judiciaire et c’est ici qu’intervient la procédure du monitoire. C’est une obligation faite aux paroissiens par leur curé de témoigner dans le cadre d’un procès criminel sous peine d’excommunication. Demandé par le procureur du roi, il associe donc l’Eglise à la justice royale et constitue un moyen de pression pour obtenir des témoignages.
Dans le cas qui nous intéresse, on peut penser que c’est le curé d’Herm qui a lu le monitoire au prône de la messe paroissiale et sollicité ensuite le notaire pour recueillir les récits de neufs témoins hermois de la scène qui se sont déclarés.
Nous ne savons pas le fin mot de l’histoire. Pour cela, il faudrait consulter, aux archives départementales des Landes, les archives judiciaires du Présidial de Dax pour savoir s’il y a trace de la procédure et si le coupable a été arrêté et jugé. Aucun des témoins hermois n’est très loquace sur l’auteur du coup de couteau et ce n’est sans doute pas ce monitoire qui a permis d’avancer sur le chemin de la vérité.
Au-delà de la mise au jour de ce fait divers, deux réflexions viennent enfin à l’esprit :
Alors qu’Herm, aujourd’hui, ne possède plus, dans le bourg, aucun café (Un café associatif doit ouvrir cet été 2024 dans l’ancienne Poste), il y avait en 1650, à côté de l’église et des rares maisons qui l’entouraient, au moins deux lieux de sociabilités, proches l’un de l’autre.
Ensuite, si ces lieux étaient naturellement fréquentés par des Hermois, il est intéressant de noter également la présence de Basques jamais individualisés et perçus par nos hermois gascons comme des étrangers. Comment expliquer leur présence à Herm ? Au gré des actes notariés, plusieurs Basques apparaissent au XVIIème siècle dans le sud-ouest des Landes dans des contrats où ils exercent le métier de charbonnier. Malgré leur mauvaise réputation de semi-sauvages maîtrisant l’art du feu, certains d’entre eux font souche dans le village en épousant des filles du lieu : Michel Haralde par exemple, qui épouse Jeanne Gourbera dans les années 1620 ou encore Jean Harriague, originaire d’Espelette, qui s’installe à Herm en 1685 en épousant Jeanne Lassalle. Un siècle plus tard, c’est une autre filière venue du Limousin qui viendra dans le Marensin en se spécialisant dans le métier de scieur de long.
Tous ces étrangers qui travaillent autour du bois témoignent de la présence d’importants pignadars le long du littoral landais, et ce bien avant les plantations du Second-Empire.
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