Philippe Mora
Pour les Espagnols, les Landes se situent à proximité de l’une des principales portes d’entrée vers la France, via le Pays basque. Il est donc possible que vous ayez un ancêtre venu de l’autre côté des Pyrénées. Dans ce cas, les recherches nécessitent de se tourner vers d’autres archives et d’autres méthodes afin d’aller plus loin.
Avant tout, il faut savoir que l’état civil a été instauré tardivement chez nos voisins ibériques, en 1871 seulement. Et, comme on peut s’y attendre, cette mise en place n’a pas été uniforme sur l’ensemble du territoire. Cela a une incidence importante : avant les registres civils, il faut se tourner vers les institutions religieuses locales. Les recherches dépendent donc fortement de ces dernières, avec de grandes disparités d’une région à l’autre.
Je vais vous présenter mes recherches concernant un couple d’ancêtres arrivé en France durant la première décennie du XXe siècle. Ils sont nés dans les années 1880, donc après la mise en place de l’état civil.
Pas toujours besoin de demander l’acte
Pour mon arrière-arrière-grand-mère, je n’ai pas eu besoin de demander l’acte de naissance pour remonter plus haut : tout était sur internet ! Née au Pays basque espagnol, elle figurait sur un site officiel régional répertoriant les actes. Ce site n’existe plus aujourd’hui, mais les données ont été intégrées à Familysearch. J’ai ainsi pu remonter jusqu’au 17ème siècle. J’ai également retrouvé des informations sur les sites français comme Généanet et Filae.
Dans ce cas précis, le travail a surtout consisté à croiser les sources disponibles : bases en ligne et relevés collaboratifs. Cela montre qu’il n’est pas toujours nécessaire de demander un acte lorsque les fonds ont déjà été largement exploités et diffusés.
Quand l’acte est nécessaire
Pour mon arrière-arrière-grand-père, c’est une toute autre histoire : je connais sa date de naissance mais la ville est imprécise : Cordobella, Cordouille (et oui, c’est écrit ainsi dans le recensement) ou encore Valencia. Je sollicite alors des avis autour de moi. Les spécialistes sont unanimes : il y a trop d’incertitudes, mieux vaut abandonner. Un peu découragé, je mets cette recherche de côté. Avec le temps, je décide de demander à une Intelligence Artificielle (IA). Cet outil relance ma réflexion, les doutes restent là, mais déjà les fameux Cordovilla / Cordobilla (non Cordobella) sont tous relevés avec assurance…
Je lui demande d’identifier la ville la plus probable à partir des informations disponibles. Loin de se décourager, elle propose plusieurs hypothèses argumentées. Certes, elle a tendance à justifier ses réponses, parfois à tort, mais en confrontant ses propositions à mes propres analyses, je parviens à dégager une piste crédible.
Au départ, l’outil avait notamment basé ses probabilités sur la distance avec le lieu de naissance de mon arrière-arrière-grand-mère : un critère pertinent, mais insuffisant à lui seul. Finalement, je m’oriente vers l’hypothèse la plus proche car il y avait aussi des possibilités migratoires vers le Pays basque espagnol : un petit village nommé Cordovilla, en Navarre…

Demander un acte au registre civil espagnol
L’IA m’oriente ensuite vers le site adéquat pour effectuer la demande. L’opération semblait simple en théorie, mais se révèle un peu plus complexe : impossible de trouver le village recherché. L’explication est alors apportée : les registres de ce petit village sont rattachés à une commune plus importante. Contrairement à la France, la recherche ne se fait pas systématiquement village par village.
Je poursuis donc la démarche, avec un certain doute au moment de remplir le formulaire : la demande doit être légitime. Là encore, l’IA me rassure en précisant qu’une recherche généalogique concernant ses ancêtres est considérée comme valable, à condition d’indiquer le lien de parenté.
Malgré tout, une fois la demande envoyée, des incertitudes subsistent quant à son aboutissement.

Et puis, quelques semaines plus tard…
Le registre d’état civil concerné me répond par mail. Ils n’ont pas trouvé l’acte et me proposent de joindre l’archevêché concerné, en me communiquant le site internet de celui-ci ainsi que l’adresse postale. Mais a priori, l’acte n’est pas dans cette ville, je vais donc plutôt aller chercher dans le second village du même nom le plus probable !
Mais déjà, je peux éliminer un des villages possibles, la recherche continue !!
En conclusion, la généalogie, c’est aussi de l’espoir et de la confiance
On pourrait se dire que c’est un formidable échec, après tout, je n’ai pas trouvé l’acte à cette première tentative. Je préfère le voir comme un pas vers la connaissance…
Avec l’IA (mais cela aurait pu être d’une autre façon), j’ai retrouvé l’espoir de pouvoir trouver le document. Trois villes semblent se démarquer et je viens d’en éliminer une. Si le raisonnement est correct, il ne m’en reste donc plus que deux à explorer. Tout cela me donne un espoir raisonné, et rappelle les fois où je me pose cette question en généalogie : est-ce que je me lance vraiment dans cette recherche ou va-t-elle forcément être vaine ? Parfois, être accompagné, d’une manière ou d’une autre (forums, contacts, associations, IA) peut faire la différence. Reste maintenant à aller jusqu’au bout : je me promets de faire une seconde tentative cette année. Vous serez bien entendu tenus au courant si c’est la bonne.