La société de Borda à l’épreuve du XXIe siècle: mes propositions

Philippe Mora

Dans le bulletin de la Société de Borda (1er trimestre 2026), Jean-Claude Merlet propose un compte-rendu de lecture du livre « La société de Borda, Histoire d’une société savante », rédigé par son président, Gonzague Espinosa-Dassonneville. Le dernier paragraphe, intitulé « Un avenir incertain ? » aborde les défis à venir. Les voici :

  • 1) Le déclin des sociétés savantes : certaines disparaissent aujourd’hui, supplantées par des organismes publics qui assurent désormais la diffusion du savoir.
  • 2) Des locaux inadaptés : les espaces actuels ne répondent plus aux besoins de la société, notamment pour la conservation des archives.
  • 3) L’évolution des modes de communications : comment s’adapter à la transformation des pratiques, notamment à la disparition progressive du papier ?

2126, scénario catastrophe : le dernier vestige de la société est ce bulletin, retrouvé dans un grenier…

1) La disparition de la société de Borda ?

Le président observe que certaines sociétés comparables ont disparu, faute de rester des lieux centraux de diffusion du savoir. Toutefois, je pense que le contexte dacquois semble moins exposé à ce risque et qu’il faut aller à la racine de ces disparitions, et cette racine, c’est le manque de relève : à un moment donné, plus personne ne porte la dynamique. Le véritable enjeu est donc la transmission, de génération en génération. Jean-Claude Merlet souligne d’ailleurs que l’élection d’un président à 35 ans constitue déjà un signe de renouveau. La société a su évoluer, se rendre plus accessible : le site internet, la présence sur Facebook, le partage grandissant sur Gallica. Ces avancées témoignent d’une ouverture réelle.

Il reste cependant des progrès à faire. Un élitisme subsiste chez certains membres. S’il peut sembler anecdotique, il risque d’encourager le repli, de limiter le partage du savoir et la transmission intergénérationnelle. Cette tendance devrait néanmoins s’atténuer.

Pour résumer, à court et moyen terme, la disparition de la société paraît peu probable. Même à long terme, elle conserve de solides atouts.

2) Les locaux actuels ne conviennent plus

Ne plus pouvoir protéger au mieux les archives de la société, c’est en effet très gênant. L’article parle d’un problème à moyen terme, c’est donc qu’il y a encore du temps pour trouver une solution. Pour protéger ses fonds, y aurait-il intérêt à numériser à grande échelle ? Cette numérisation protègerait et permettrait de rendre accessible des documents aux membres depuis chez eux, et notamment pour ceux vivant loin de Dax, voire en dehors des Landes. En effet, un peu comme pour les lecteurs aux archives départementales, les adhérents en dehors du 40 sont en bon nombre ! Cela réduirait la frustration d’habiter loin de Dax et stimulerait les recherches… En somme, la numérisation de documents permet de créer de nouveaux lieux de transmissions et de recherches. Cela nous en fait venir au point suivant…

3) Les nouveaux modes de communication et de transmission

C’est aussi un grand chantier. Voici plusieurs idées qui me viennent à l’esprit :

  • Captation des conférences : filmer et diffuser les interventions permettrait d’élargir l’accès au savoir et de favoriser les échanges. Aujourd’hui les demandes en ce sens restent sans suite.
  • Des lieux numériques de débats et d’échanges : à partir du site, un forum ?
  • Processus éditorial : améliorer la sélection des articles avec le retour parfois trop long et insuffisant du comité de lecture.
  • Publications en ligne : développer des contenus numériques sur le site de la société, plus accessibles que le bulletin. Ces publications, exigeantes mais plus souples, constitueraient une porte d’entrée pour de nouveaux publics. Il me semble que la société a commencé cela dernièrement 🙂
  • Bulletin numérique : proposer une version numérique en plus aux abonnés papier, ou donner le choix. Pour ceux qui seraient étonnés par cette proposition, je rappelle qu’il est déjà possible d’acheter, à l’unité et de manière numérique, les articles passés.

Un double enjeu : intérêt pour le public et un intérêt public

Il s’agit de repenser la relation entre « le sachant » – « l’apprenant » : la rendre moins verticale et permettre à chacun de progresser et de contribuer. Les publications en ligne, les vidéos et les espaces de débat vont dans ce sens. Cela, c’est l’intérêt pour le public.

La société a toujours su dépasser un cadre strictement local ou social. Cet ancrage d’intérêt public peut encore être renforcé avec ma proposition d’un grand inventaire landais (que j’ai appelé ces derniers mois, « La petite encyclopédie »).

Ce grand inventaire, que vous pouvez retrouver au stade embryonnaire sur ce site, est un inventaire numérique des savoirs des villes landaises, inventaire auquel tout le monde peut participer.

Objectifs et mise en œuvre :

  • Rassembler largement les connaissances.
  • Garantir une certaine indépendance dans la gestion des savoirs.
  • Valoriser le patrimoine.
  • Un savoir partagé par tous : tout le monde peut donner une information.
  • Cela avec un faible coût et sans difficulté technique majeure : il faudrait tabler sur une arborescence simple et ne pas hésiter à mettre de longues listes qui sont sources de curiosité et de découvertes !
  • Cela valoriserait les publications passées de la société mais aussi les savoirs venus d’ailleurs.

Ce projet a été proposé aux archives départementales, sans suite, car hors de leur mission. La société de Borda pourrait-elle envisager une expérimentation ? Le travail déjà démarré pourrait être transmis, avec un engagement bénévole pour en assurer le suivi.

Alors, avec de telles perspectives, est-il crédible que dans 100 ans, il ne subsiste qu’un unique bulletin oublié dans un grenier ? 😉

Commentaire d’Hervé Barrouquère (20/04/26, groupe Facebook Histoire, Patrimoine et Culture des Landes) :

« Ces réflexions sont intéressantes et ne manqueront pas de susciter, je pense, des discussions en interne. Concernant le fonds documentaire de la Société de Borda, puisque tu évoques la démarche d’inventaire, il faut savoir qu’un récolement est en cours, réalisé par notre archiviste François Bordes. Une réflexion a été lancée en lien avec ce travail lors de notre dernier CA justement autour de possibles numérisations et de leur mise en ligne. Je ne peux pas en dire plus pour le moment.

Un point majeur que tu soulèves à mon avis est celui de filmer les réunions. Cela a existé à une époque, mais on pourrait tout à fait imaginer aujourd’hui une diffusion live sur Facebook, par exemple. Cela accorderait une audience plus importante aux communications et susciterait peut-être une appétence accrue pour leur publication. À réfléchir là encore. »

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