« Le rôle des enfants trouvés et abandonnés » dans le beau fonds numérique de l’hôpital de Bayonne

Cette série de publications est l’occasion d’écrire l’histoire de nos nombreux ancêtres né(e)s sans pères et/ou abandonné(e)s. A défaut de connaître le plus souvent, leur ascendance, cette histoire plus globale nous immerge dans leurs vies.

Publication précédente : Quand l’augmentation des enfants illégitimes du 18ème siècle se voit à l’échelon d’un village : l’exemple de HermPublication suivante : à venir

Emmanuel Badiola et Philippe Mora

Cela a été écrit plusieurs fois sur ce blog, mais il faut le rappeler pour les lectrices et les lecteurs qui arriveraient pour la première fois : Bayonne faisait partie de la sénéchaussée des Landes, avant la Révolution, c’est pourquoi, régulièrement, nos recherches nous mènent à vers cette ville pour découvrir nos ancêtres landais. Et aujourd’hui, c’est un nouvel exemple éclatant de cela, avec le fonds de l’hôpital de Bayonne, sur le site des archives départementales des Pyrénées-Atlantiques (autrement dit, les AD64). Ce qui est étonnant avec ces archives départementales numériques, c’est qu’elles sont souvent décriées pour leur manque de contenu (certains registres s’arrêtent en 1880 , pas d‘ajout depuis sa mise en ligne, les recensements sont inaccessibles, etc…) ou encore pour leurs dysfonctionnements réguliers (rien que pour cet article, le lien vers le registre cité en objet n’a pas été accessible un bon moment !). Mais des fonds originaux sont accessibles, des fonds que les généalogistes n’ont pas forcément souvent, comme pour les enfants trouvés ! Bref, des problèmes de formes, pas toujours de fond, ni de fonds 😉

Le rôle des enfants trouvés

Tout a commencé par un échange lancé par Emmanuel Badiola sur le groupe Facebook Généalogie des Landes :

« j’ai une ancêtre, Marie RUPERT qui a été abandonnée à l’hospice de Bayonne en 1779.(…) Il existe un registre en ligne appelé « Rôle des enfants trouvés à l’Hospice de Bayonne » où on trouve des informations intéressantes sur la prise en charge de l’enfant abandonné. Ainsi, j’ai appris le nom de la 1ère nourrice de mon ancêtre ainsi que la famille chez qui elle a été « colloquée » (placée) ensuite… « .

Permalien de l’acte aux AD64

Retranscription :
La note à gauche de l’acte : « colloquée à la Bastide de Clairence, le 20 janvier 1788. Chez Martin Barquirot et Saubate de Gomez ».
L’acte : « Marie Rupert, dont le père & la mère sont inconnus, née & baptisée ce jour à la cathédrale par Mr Teillary vicaire, qui a été présentée par Louise Bordenave sage femme, suivant le billet de monsieur Jn Darguibel Echevin & Commissaire pour être pourvue
à la nourriture. donnée à nourrir le 1er avril à Marguerite Lasserre de Labastide de Clairence »

N’hésitez-pas à corriger si vous observez une erreur. Tout d’abord, Marie Rupert a été placée chez Martin Marquiraut et Salvate Gomès (voir l’arbre Généanet d’Emmanuel Badiola). Ainsi, la petite enfant trouvée va grandir avec une fille du couple née la même année qu’elle, et sera suivie tout au long de sa vie : mariage, enfants… cela montre que son placement s’est bien déroulé ! On ne va pas entrer dans l’analyse des devoirs des familles qui reçoivent l’enfant ici, cela donnera lieu éventuellement à d’autres publications sur le cadre juridique et religieux prérévolutionnaire.

Le rôle des enfants trouvés dans sa globalité et dans son fonds

Vous venez d’avoir un exemple pour une enfant, mais vous voulez en savoir plus ?! Alors voici le « rôle »! Mais, comment ça le « rôle » ?! Comme pour les rôles gascons, ce mot ne signifie pas jouer tel ou tel rôle ou fonction, mais cela signifie « rouleaux ». Il faut donc avoir en tête que ces documents étaient à l’origine des rouleaux de parchemin ou de papier, notamment pour des listes. Et au 18ème, un rôle se dit aussi d’un état ponctuel dressé pour contrôler et payer. Ce rôle des enfants trouvés est dans le droite ligne de tout ceci et on pourrait le définir actuellement comme « liste administrative des enfants trouvés ».

Mais nous ne sommes pas au 21ème siècle, mais bien au 18ème et même très tôt dans le 18ème siècle car le rôle commence en 1706 et s’étire jusqu’en 1793. De quoi retrouver votre ancêtre abandonné(e) à Bayonne ! N’hésitez-pas à explorer le fonds de cet hôpital car vous y trouverez notamment des délibérations, composées de 12 pages qui mentionnent des chiffres nationaux,on apprend que le roi pensait en faire des soldats, et qui donnent le règlement concernant les enfants trouvés. Si quelqu’un souhaite faire une analyse particulière, le blog est ouvert !

Et les AD 64 ne s’arrêtent pas là, avec les archives de l’assistance publique !

Le prochain article parlera de ces archives d’une grand richesse pour les enfants trouvés. Ces documents offrent un vision plus générale et on y croise même Dax ! D’ailleurs, peut-on espérer que de telles archives sur cette période, se terrent aux AD40 ? La question est lancée !

Mais au fait, pourquoi trouve-t-on des indications sur Dax ? Bon, c’était la sénéchaussée des Landes, certes, mais c’est aussi que l’enfant était recueilli dans une ville, était confié à une nourrice dans une autre ville, les paiement étaient contrôlés par une juridiction et les comptes pouvaient être archivés dans une autre encore… il y avait déjà une organisation plus large que la ville ou le village !

Une réflexion sur “« Le rôle des enfants trouvés et abandonnés » dans le beau fonds numérique de l’hôpital de Bayonne

  1. Bonjour. J’ai une amie dont l’ancêtre a été abandonné à Bayonne en 1826, il y a bientôt 200 ans. Elle l’ignorait. Grâce aux registres en ligne, j’ai pu reconstituer sa vie d’enfant abandonné. Voici le texte :

    Baptiste Derban fut déposé au tour de l’hospice civil de Bayonne le 26 décembre 1826 :

    « Le vingt-huit décembre mil huit cent vingt six, à deux heures de relevée, par-devant nous maire faisant les fonctions de l’État-civil de la ville, canton et arrondissement de Bayonne, département des Basses-Pyrénées, est comparu sieur Pascal Davant, âgé de quarante ans, secrétaire de l’hospice civil de cette ville, y résidant, lequel nous a remis un procès-verbal daté du jour d’hier, dressé par M. Jean Pierre Faurée, administrateur de semaine de l’hospice civil de cette ville, au sujet d’un enfant de sexe masculin exposé dans le tour dudit hospice, comme il conste (sisc) dudit procès-verbal, conçu en ces termes :

    Ce jourd’hui, vingt-sept décembre mil huit cent vingt six, à midi, nous Jean Pierre Faurée, administrateur de semaine de l’hospice civil de Bayonne, nous y étant rendu pour procéder à la visite d’usage, la dame veuve Ducastel, hospitalière de l’établissement, nous a présenté un enfant qu’elle déclare avoir été exposé hier, à dix heures trois quarts du soir, dans le tour de cet hospice, nous avons en conséquence desdites déclaration et présentation procédé en présence de ladite veuve Ducastel déclarante, à l’examen du susdit enfant et à la description des langes dont il était revêtu, il résulte de l’examen que l’enfant a été reconnu appartenir au sexe masculin et être nouvellement né, son maillot était composé des objets suivants : un plumion (= couette), une couche de toile, une idem d’indienne, une chemise, deux brassières, deux béguins (= coiffes), un serre-tête et un pendant à l’oreille garni d’une perle blanche.

    De tout quoi nous avons dressé procès-verbal afin de constater la naissance et l’exposition dans le tour dudit hospice du susdit enfant et ordonné son admission définitive à l’établissement, la susdite dame veuve Ducastel, déclarante, a signé ledit acte avec nous après lecture.

    Fait au bureau de l’hospice civil de Bayonne, les jour, mois et an que dessus.

    Extension faite ce procès-verbal, nous avons nommé cet enfant Baptiste Derban et ordonné qu’il soit gardé à l’hospice civil de cette ville, de quoi nous avons dressé acte, en présence de sieur Jean Etcheverry, âgé de trente ans et de Martin Lajus, âgé de vingt-neuf ans, les deux soldats du guet de ?, résidants et après qu’il leur en a été fait lecture du contenu audit procès-verbal, ont signé avec nous le présente acte de naissance.

    Dont acte, ledit procès-verbal ayant été remis avec mention audit hospice.

    Le maire, chevalier de l’ordre royal de la légion d’honneur, Antoine Robert Dhiriart. »

    La présence, très inhabituelle d’un pendentif avec perle dans les effets de l’enfant laisse à penser que sa mère était d’un milieu aisé et qu’elle avait peut-être espoir de le reprendre ou de retrouver un jour son fils, conservant l’autre pendentif afin de pouvoir les comparer et qu’il puisse servir de preuve qu’elle était bien sa mère.

    La première nourrice de Baptiste Derban est Marie Jaureguiberry, épouse de Dominique Larramendy

    Le 27 décembre 1826, il est baptisé par le vicaire à l’église Saint-André de Bayonne. Son parrain est Jean Baptiste Lafargue, il écrit signe un curieux billet :

    « Je soussigné promet de donner un pantalon et une veste à Jean Baptiste mon filleul qui a été baptisé par Mr Das… vicaire le 27 décembre 1826. Bayonne jour et an que dessus. Signé Jean Baptiste Lafargue. »

    Bien que le maire lui ait donné pour seul prénom Baptiste, il se fera appeler tout sa vie Jean Baptiste, comme son parrain.

    Le 2 janvier 1827, le bébé est donné en nourrice à Dominica Rengabide (?) épouse de Bertrand Haycaguer à Ayherre (Pyrénées-Atlantiques). Il y reste quinze mois, puis retourne à l’hospice où il ne reste que trois jours et est envoyé à Saint-Martin-de-Seignanx (Landes), chez Jeanne Darrioulat, femme de Jean Lafourcade, demeurant maison Lartigot.

    Le 30 septembre 1829, il change de nourrice tout en restant dans la même commune, c’est Marie Bessan, femme de Bertrand Cazaubon, cultivateur, mère de neuf enfants (nés entre 1819 et 1841) qui va l’élever pendant près de dix ans.

    Le 11 juin 1839, il quitte définitivement l’hospice civil de Bayonne où il était venu vivre six jours après avoir quitté ses parents nourriciers. À douze ans, ne sachant ni lire ni écrire, il doit maintenant gagner sa vie. Il est mis en apprentissage chez Étienne Peyroux (1764-1843), laboureur, et sa femme Marguerite Lafargue à Saint-Esprit, aujourd’hui un quartier de Bayonne.

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