Le portrait de l’inconnu de Saint-Justin… mais beaucoup de choses à voir et à en dire

Philippe Mora

Le 6 août dernier, sur Facebook, j’écrivais ceci dans différents groupes :

« Mais pourquoi donc s’arrêter devant le portrait de cet inconnu, trouvé sur le site des Archives départementales des Landes ?!

« Portrait d’un Landais de Saint-Justin », c’est tout ce que l’on sait au premier abord !

Mais justement, c’est le fait qu’il soit inconnu qui est intéressant : c’est un monsieur Tout-le-Monde des Landes. Mais de quelle époque ? Le fonds provient d’un collectionneur et les documents datent plutôt des XIXᵉ et XXᵉ siècles… mais pas tous !

Je vous invite à enfiler votre costume de commissaire-priseur ou de descendant imaginé (votre grand-père est de Saint-Justin et lui ressemble étrangement ?) et à nous livrer vos impressions et autres analyses sur ce portrait !

Sa coiffe vous paraît-elle caractéristique d’une époque ? Sa coiffure, son vêtement ou son profil vous évoquent-ils d’autres portraits landais que vous connaissez ?

Toutes les hypothèses sont les bienvenues, même les plus audacieuses !

Si les réponses sont riches d’informations, je les rassemblerai dans une publication (toujours en citant sauf mention contraire)

À vous de jouer ! 🙂

Lien vers le fonds pour les plus curieux (et les meilleurs enquêteurs) : lien direct ici« 

Je vous propose sous le portrait concerné, les réponses obtenues ainsi que le résultat d’une conversation avec une IA.

Portrait qu’on retrouve à la page : Les Landes en peinture et en dessin : regards sur les paysages et les Landais à travers les siècles

Titi Lu Lu : « Le col de la chemise relevé, la veste… Début XIX ème pour moi »

Jean Loup Bézos : « la coiffe rappelle le béret médiéval »

Gilles Roussoulet : « Bonjour à vous !

J’ai quelques infos à vous donner quant à ce dessin.

Datation : entre 1790 et 1840, plus probablement 1800-1830.

Les indices sont les suivants :

– Orthographe : « Landois ». On retrouve cette graphie dans les récits de voyage de la fin du 18ème.

– Style du dessin : le profil de la silhouette est tracé à la plume avec un léger lavis bleu/gris pour le béret.

C’est typique des croquis de voyageurs ou des albums d’amateurs de l’époque Empire / Restauration.

C’est à cette époque où on commence à dessiner systématiquement les « types populaires » français, comme l’a fait Grasset de Saint-Sauveur au tournant des 18ème et 19ème siècles.

– La mention manuscrite à la plume cursive est aussi caractéristique de cette période.

La tenue :

– Le béret : c’est l’ancêtre direct du berret gascon, petit béret plat en laine brune ou bleue, feutré, porté par tous les hommes du Sud-Ouest (comme les bergers, résiniers, bouviers, etc…)

– Les cheveux longs : les Landais de cette époque portaient les cheveux mi-longs sur la nuque, non poudrés après la Révolution, contrairement à la bourgeoisie urbaine.

– La veste : c’est une veste à basques courte en drap-cocher, à col droit montant et à boutons, fermée haut.

Pour les jours ordinaires, elle est en laine écrue ou brune, pour les fêtes, elle pouvait être en velours de soie ou avec un parement de velours, avec en-dessous un gilet tricoté ou une « maille ».

C’est l’habit à la française adopté à la campagne, qui reste en vigueur aux 18ème et 19ème siècles pour les paysans.

Feu mon grand-père landais, originaire de Roquefort et Mont-de-Marsan, m’avait offert un carnet de dessins, très épais, qui contenait des croquis de personnages landais dont certains correspondaient au portrait que vous présentez. Malheureusement, comme beaucoup de documents très anciens que je possédais, ils ont tous été détruits lors de l’inondation de ma maison.

Je vous joins le dessin en couleurs. »

Voici le résultat :

Vincent De Bruyne : « LAHIRE ❤️ » et lorsque je lui demande de préciser, il répond que c’est le Lahire dessiné sur les cartes à jouer. En effet, y a un petit quelque chose.

Source

Fulbèrt De Sarpalonga Tiranomaca : « Le port des cheveux longs et du béret pour les bergers landais est attesté par les témoignages du XIXe siècle. »

Et que dit l’IA ?

J’ai donc proposé à chat GPT d’analyser ce portrait et dans un second temps, de rendre ce portrait en photo-réaliste (je les mettrai le long des réponses en illustration). Je mets en avant les informations saillantes :

« Le profil est presque caricatural, mais sans intention moqueuse. »

« Le béret

C’est l’élément le plus intéressant.

Il porte une grande coiffe souple qui évoque un béret. Mais il ne ressemble pas au béret basque moderne, petit et bien rond. Il paraît plus volumineux, plus mou, ce qui rappelle certaines coiffes populaires des XVIIIᵉ et début XIXᵉ siècles.

Cela pourrait être un indice de datation… (…)

Les vêtements

On distingue :

  • une veste simple ;
  • une chemise avec un col montant ;
  • aucune décoration, aucun signe de richesse.

Cela évoque davantage un homme du peuple qu’un notable.

La datation

C’est le point le plus délicat.

Le support et le style du dessin pourraient très bien être du XIXᵉ siècle.

En revanche, le personnage représenté pourrait être beaucoup plus ancien.

J’imagine plusieurs possibilités :

  • un dessin du XIXᵉ représentant un vieil homme vivant à cette époque ;
  • un dessin réalisé d’après un modèle plus ancien ;
  • une copie d’un portrait disparu.

Rien ne permet de trancher.

Ce qui m’intrigue

La légende.

Elle est écrite au crayon ou à l’encre plus claire :

« Portrait d’un Landais de St Justin »

Cette formulation est étonnante.

On n’écrit pas « Pierre Dupont » ou « Jean Laffitte », mais simplement « un Landais ».

Cela ressemble presque à une volonté documentaire : conserver le type d’un habitant plutôt que son identité. C’est une démarche que l’on rencontre chez certains érudits ou folkloristes du XIXᵉ siècle. »

Dans un second temps, j’ai proposé à l’IA la notice de ce portrait :

« On apprend notamment que le document est décrit comme :

  • un dessin sur papier, noir ;
  • de 11,5 × 7,5 cm ;
  • sans date (s.d.) ;
  • sans auteur identifié (S.n.) ;
  • avec pour seule description : « Buste de profil » ;
  • provenant de la collection Campet-Larreyre, entrée aux Archives via le collectionneur Xavier Petitcol en 1995.

Cela change un peu la manière de l’aborder.

Ce qui me paraît le plus intéressant

Le fait que la notice ne propose aucune datation est révélateur. Si les archivistes avaient reconnu un costume ou une période évidente, ils l’auraient probablement indiqué. Cela signifie que le document est lui-même difficile à situer.

En revanche, il faut distinguer deux choses :

  • la date du dessin ;
  • la date du personnage représenté.

Les deux peuvent être séparées de plusieurs décennies.

La légende est peut-être l’indice principal

Je reviens sur cette inscription : « Portrait d’un Landais de St-Justin ».

Elle ne dit pas :

  • « Jean Dupont, de Saint-Justin » ;
  • « un berger landais » ;
  • « un habitant de Saint-Justin ».

Elle dit simplement « un Landais ».

Cette formulation fait davantage penser à une démarche de collecte ethnographique ou d’illustration des « types » régionaux, très en vogue au XIXᵉ siècle. On cherchait alors à représenter le « paysan breton », le « Béarnais », le « Landais », etc., davantage comme des figures représentatives que comme des individus identifiés.

Le béret

C’est probablement le meilleur indice iconographique.

Sa forme est très ample, assez éloignée du béret moderne popularisé à la fin du XIXᵉ siècle. Il évoque davantage certaines coiffes méridionales des XVIIIᵉ et du début du XIXᵉ siècle.

Mais là encore, prudence : un dessinateur du XIXᵉ siècle pouvait parfaitement représenter un vieil homme conservant une mode vestimentaire plus ancienne.

Une autre hypothèse

Je me demande si ce dessin n’est pas une copie.

Le trait est très linéaire, sans modelé, presque comme si le dessinateur reproduisait un portrait existant plutôt que de dessiner un modèle vivant. C’est une impression, pas une certitude. »

J’aurais plutôt vu un béret plus sombre et d’autres couleurs, comme la proposition de Gilles Roussoulet. Quelqu’un avec des origines à Saint-Justin aurait une ressemblance avec ce Landais ? 🙂

Je le relance en décrivant les autres portraits trouvés dans ce fonds, qui sont notablement différents de celui-ci :

« Ah, c’est une information importante. Dans ce cas, je nuancerais mon hypothèse.

Si le fonds contient majoritairement des portraits de Landais identifiés, alors ce dessin n’est probablement pas une simple étude de « type régional ». L’anonymat devient au contraire une singularité du corpus : on a voulu conserver le portrait d’un homme dont le nom s’est perdu ou n’a jamais été noté.

Cela ouvre plusieurs pistes :

  • il s’agissait d’un personnage jugé intéressant par le dessinateur ou le collectionneur, sans que son identité ait été connue ;
  • le nom figurait peut-être sur un support aujourd’hui disparu (montage, verso, dossier d’origine) ;
  • l’identité était connue du premier propriétaire de la collection, mais elle s’est perdue au fil des transmissions.

Le fait que seule la mention « de Saint-Justin » ait été conservée est intrigant. Pourquoi préciser la commune si l’homme n’avait aucun intérêt particulier ? Cela laisse penser que son origine géographique était déjà considérée comme une information utile.

Ce que le portrait peut tout de même nous dire

Je serais assez prudent sur la datation par le costume seul. En revanche, quelques éléments méritent d’être discutés :

  • Le bonnet ou béret est inhabituel. Il ne ressemble pas au béret béarnais ou basque popularisé à la fin du XIXᵉ siècle. Il pourrait être une coiffe plus ancienne, ou simplement une interprétation du dessinateur.
  • Les cheveux longs derrière les oreilles attirent aussi l’attention. Ils évoquent davantage les modes de la fin du XVIIIᵉ ou du début du XIXᵉ siècle que celles de la seconde moitié du XIXᵉ.
  • Le col haut de la chemise est compatible avec le début du XIXᵉ siècle, mais ce n’est pas un indice suffisant.

Au final, si je devais me risquer à une hypothèse, je dirais que le dessin pourrait très bien avoir été réalisé au XIXᵉ siècle en représentant un homme ayant vécu à la fin du XVIIIᵉ ou au début du XIXᵉ siècle. Mais ce n’est qu’une hypothèse. »

On retrouve des hypothèses de nos lecteurs ! Bravo à eux d’ailleurs, j’ai trouvé les réponses particulièrement instructives !

Une réflexion sur “Le portrait de l’inconnu de Saint-Justin… mais beaucoup de choses à voir et à en dire

  1. Bonjour , ce dessin de L’homme de St Justin , me fait penser à Louis Arretche ,,né à St Justin 1905 1991

    Regardez le dessin de Edouard de Righetti .( méme époque et le style de la casquette ) 1924 2001

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