La fin des tours d’abandon de Dax, Mont-de-Marsan et Saint-Sever

Cette série de publications est l’occasion d’écrire l’histoire de nos nombreux ancêtres né(e)s sans pères et/ou abandonné(e)s. A défaut de connaître le plus souvent, leur ascendance, cette histoire plus globale nous immerge dans leurs vies.

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Philippe Mora

Durant cette série sur les enfants abandonnés et/ou trouvés, un article narrait l’apparition des tours d’abandon dans les Landes, surtout celui de Dax, mieux renseigné sur internet que les deux autres. Il n’y eut que 3 tours dans les Landes, car il en fallait un dans chaque chef-lieu de circonscription. Dax n’avait pas attendu cette obligation, en l’anticipant de plusieurs décennies.

Où étaient-ils ? Celui de Dax était à côté de la porte principale de l’hôpital Saint-Eutrope et celui de Mont-de-Marsan, apparu bien plus tardivement que son voisin, à l’hôpital Lesbazeilles.

Mais il est l’heure de parler de leurs disparitions et si vous voulez en savoir plus sur ce qu’il s’est passé avant, cliquez sur les anciens articles ! Vous allez découvrir maintenant, dans quelles conditions ces tours ont disparu : loin d’une révolution soudaine, ce fut une réforme progressive, entre contraintes financières, contrôle administratif et prévention de l’abandon.

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Leur disparition ne se réduit donc pas à la simple application d’une politique nationale ou à une décision ponctuelle. Les délibérations du conseil général, les rapports préfectoraux et les articles du Journal des Landes montrent au contraire une évolution lente, parfois contradictoire, qui s’étend sur plusieurs décennies. Les autorités départementales cherchent moins à supprimer les tours qu’à résoudre un problème plus vaste : celui de l’augmentation continue des enfants trouvés et du coût croissant de leur prise en charge. Au fil du temps, leur réflexion évolue profondément. Les préoccupations financières des années 1820 cèdent progressivement la place à une critique du fonctionnement administratif, puis à une politique de surveillance et, enfin, à une logique de prévention de l’abandon fondée sur l’assistance aux mères.

Début des fermetures

Un véritable tournant intervient avec l’arrivée du nouveau préfet en 1831, porteur d’une nouvelle politique nationale insufflée par la Monarchie de Juillet. Selon lui, les dépenses sont pour une bonne part, la conséquence d’une administration défaillante tout en incriminant un département voisin. Pour une fois le préfet et les députés sont d’accord : les difficultés rencontrées dans les Basses-Pyrénées (devenues Pyrénées-Atlantiques), notamment aux tours de Bayonne et d’Orthez, entraînent un report des abandons vers le tour de Dax. A plusieurs reprises, le préfet compare la population des arrondissements afin de démontrer que Dax a beaucoup plus d’enfants et que cela ne s’explique que par sa proximité avec des villes comme Bayonne notamment. Ainsi, les Landes prennent en charge des enfants qui ne relèvent pas normalement de leur assistance. Cette question revient de manière récurrente tout au long des années 1830 et 1840. Elle explique en partie l’acharnement avec lequel les autorités souhaitent fermer le tour de Dax. Il ne s’agit pas uniquement de réduire les dépenses, il s’agit aussi d’empêcher que le département ne finance les abandons de ses voisins.

Les fermetures ne sont ni simultanées… ni parfois définitives !

C’est dans ce contexte qu’est décidée, le 6 juin 1833, la première suppression du tour de Dax (j’en ai déjà parlé ici). Les résultats attendus ne sont pourtant pas au rendez-vous. Les autorités comprennent progressivement que la disparition d’un tour ne suffit pas à faire disparaître les abandons. Cette prise de conscience explique les nombreuses hésitations qui caractérisent les années suivantes.

Ce que je n’avais pas abordé, c’était que cette fermeture a démarré un véritable jeu de vases communicants : « Par suite de la suppression du tour de l’hospice de Dax, les enfants exposés dans cet arrondissement furent pour une partie envoyés à l’hospice de Saint-Sever qui fit des réclamations contre cette mesure et obtint que ces enfants seraient placés par l’hospice de Dax quoique sous sa tutelle » (lire ici aux AD40). Cela signifie que l’absence de tour ne fait pas disparaître les abandons mais que l’administration met sous tutelle la gestion de Dax, à Saint-Sever. Dax était vue comme une ville trop ouverte aux abandons mais cela lui était pardonné à la fois car il semblait qu’elle faisait le travail d’autres villes du secteur et parce qu’elle était proche de l’œuvre vincentienne, difficile à critiquer dans une époque où on élevait au saint, des sites et hommages d’ampleur.

La période comprise entre 1834 et 1846 apparaît ainsi comme une véritable phase d’expérimentation. Les administrateurs multiplient les essais sans parvenir à une solution définitive. Le 1er septembre 1837, le tour de Saint-Sever est supprimé. Les premières observations semblent montrer là encore une augmentation des abandons, ce qui nourrit immédiatement les critiques contre cette politique de fermeture.

Les débats s’enrichissent également de nouvelles préoccupations sanitaires. En 1840, le préfet revient sur une politique de déplacements des nourrissons mise en place auparavant. L’expérience montre que ces transferts accroissent la mortalité des enfants les plus jeunes. Il décide donc d’y mettre un terme. Cette réflexion révèle que la question des enfants trouvés ne se limite plus aux seuls abandons : elle concerne désormais les conditions mêmes de leur survie.

Parallèlement, le Journal des Landes offre parfois un regard sensiblement différent de celui des rapports préfectoraux. Dès 1838, il défend l’idée qu’une politique d’accompagnement des mères donnerait de meilleurs résultats qu’une simple répression : « L’indulgence que l’on accorde maintenant aux filles-mères, qui atténuent leurs fautes en élevant leurs enfans, indulgences que nous leur devons bien, nous qui sommes leurs complices » (référence en dessous de l’article).

En 1841, le journal souligne que les solutions mises en œuvre dans le département de la Seine (Paris) ne peuvent être transposées mécaniquement aux Landes, département essentiellement rural. Les débats locaux montrent ainsi que les élus refusent souvent l’application de modèles administratifs élaborés pour les grandes villes. Par contre le Journal des Landes juge comme les préfets successifs, que la hausse de la mortalité ne peut être attribuée à la disparition des tours. Alors faut-il vraiment fermer les tours ? Plus réprimer ? Mieux contrôler l’organisation ? Plus aider les mères ?

La réouverture par manque d’alternatives

Ces hésitations expliquent le rétablissement du tour de Dax à la fin de l’année 1840. Les autorités reconnaissent implicitement que les solutions alternatives restent insuffisantes. La proximité de l’œuvre de Saint-Vincent-de-Paul, les difficultés à refuser des enfants ou encore l’absence d’une véritable politique d’assistance aux mères justifient cette réouverture. Celle-ci demeure cependant provisoire. Le 1er mars 1843, le tour de Dax est de nouveau fermé, tandis que les discussions portent désormais sur le maintien ou le rétablissement éventuel du tour de Saint-Sever : il restera bien fermé, cela aurait été contradictoire de le rouvrir…

Les années 1843 à 1846 marquent un nouveau déplacement du débat. Les critiques ne visent plus uniquement les tours mais l’ensemble des acteurs susceptibles de favoriser les abandons. Le préfet met directement en cause certaines sages-femmes, accusées d’organiser ou de faciliter les expositions d’enfants. Il déplore également l’indulgence du tribunal de Dax, qui ne réprimerait pas suffisamment ces pratiques. Pourtant, cette volonté de renforcer le contrôle se heurte régulièrement au refus du conseil général, hostile à la création d’un inspecteur spécialisé. Les élus landais considèrent souvent que ce contrôle supplémentaire serait coûteux et inadapté aux réalités locales. Cette opposition entre le préfet et le conseil général constitue l’un des fils conducteurs de toute la période.

La fermeture, pour de bon

La fermeture du tour de Mont-de-Marsan, le 1er janvier 1847 (on peut lire aussi le 6 octobre 1846 mais je pense que c’est la date de la décision plutôt que celle de l’application) , marque la disparition du dernier tour d’abandon du département. Cette fois, c’est la bonne, puisque l’assistance aux filles-mères est plus efficace et permet une véritable alternative à l’abandon, ce qui diminue le phénomène : on se rend ainsi compte qu’il est moins onéreux d’aider les mères que de gérer et éduquer les enfants abandonnés. Plus globalement, la disparition des tours d’abandon signe la mise en place d’une assistance étatique plus forte, qui commence à prendre véritablement le relai, de l’assistance religieuse. Le chemin reste long afin d’améliorer l’accueil et les conditions de vie des enfants abandonnés. C’est un chemin sans fin, au gré des débats, des valeurs et des transformations de notre société.

Une religieuse recueille un enfant abandonné (Schopin)

Pour aller plus loin et voir les sources, je vous propose les liens relevés et quelques prises de notes

1 N 7

Budget enfants trouvés veulent diminuer nombre, parle d’arrêter les tours (1829)

1832 toujours, veulent la suppression du tour de Dax car à Bayonne pas possible de poser au tour car guerre et donc Dax prend en charge les enfants des Basses-Pyrénées et du coup ils semblent charger plus les communes landaises. puis la confirmation que ça tombe plus sur les communes (1832)

1 N 8 1834 – 1837

Le préfet est applaudi pour une aide financière aux enfants trouvés

les enfants doivent rester dans les communes trouvées… cela ne restera qu’une idée puisque c’est à la fois centralisé.

Rétablissement des cours d’accouchement à dax : pour des raisons financières et donc avoir plus de personnes formées.

Plusieurs sujets : les colliers sont inutiles et même sont sources de fraude, maintien des dépôts actuels, les abus continuent et « les moyens de répression manquent actuellement à l’administration » p.213.

Toujours aides au sages-femmes qui apprennent dans des « villes populeuses » (Paris et Bordeaux)

C EST UNE LOI DE 1821 qui dit que l’excédent pour les enfants trouvés est comblé par les communes de plus de 150 (monnaie du moment) de revenus +la suppression du tour de Dax n’a pas amené le résultat attendu mais disent qu’il faut insister pour voir les résultats plus tard. Date suppression du tour de Dax.

De nombreuses informations diverses

1 N 175

Délibération départementales sur enfans trouvés 1838 suppression des tours, augmentation des décès lors de cette suppression, mais explique les véritables raisons de ces décès.

Tableau comparatif 1828 – 1838 (1839)

1 N 176

« Le conseil général voulant exciter les communes à la répression des abus auxquels donne lieu le service des enfans trouvés »… (1836)

1 N 177

Le système de la Seine n’est pas adapté aux Landes 1840

1840 : les tours de Dax et saint sever avaient été enlevés, là ils demandent le retour de Dax et seront d’ailleurs écoutés proposition d’aider les mères

1 N 178

1841 : explication de pourquoi on a remis le tour de Dax il dit qu’en effet c’est étrange de repousser des enfants d’un lieu si proche du lieu de vie de Saint Vincent de Paul… début de l’aide aux filles mères y a déjà eu un rejet de mise en place d’inspecteur

1 N 179

Vases communicants (1842) en fermant Dax, afflux des abandons vers Mont-de-Marsan / le secours aux filles mères est trop récent pour juger de l’efficacité / fermeture Bayonne et Orthez : reflux vers Dax

Tour Saint-Sever a été fermé en 1835 ça résume les tentatives de ces années là se demande s’il faut supprimer le tour de Dax et en même temps remettre de celui de Saint-Sever ! quand Dax a été arrêté, c’est Mont-de-Marsan qui a géré plus d’enfants, et les conditions étaient défavorables ils ordonnent la suppression du tour de Dax car se sentent envahis par Bayonne et Orthez (1842)

1 N 181

Soldats de Bayonne et ouvriers font qu’il y a des enfants trouvés + encore une critique sur la venue d’un inspecteur… 1844

1843 refusent déjà l’inspecteur, expliquent pourquoi bcp d’enfants avec les mouvement sociaux, bayonne

1844 : le tour de Dax a été fermé mais je n’ai pas la date déjà contre l’inspecteur.. sa mise en place

1 N 182

Rien ne marche pour diminuer les enfants trouvés, les maires sont visés… (1845)

1846 : ne veulent pas d’un inspecteur veulent toujours les tours. mais le préfet lui il le veut et dit que ça se fait ailleurs à la page d’après le conseil dit que les enfants sont heureux en fait, en campagne, c’est comme la famille; ici suppression date précise du tour de mont de marsan la date est en 1847.

1 N 186

Les Landes reçoivent des enfants d’autres départements et à la page précédente, il y a les infos sur les dates de fermeture des tours. Constat d’augmentation des abandons puis diminution. (1849)

Archives préfectorales

1 N 59 (1831 à 1835)

Nouveau préfet en 1831

Le préfet souhaite réduire les charges : il dit qu’il n’y a pas de bonnes administration, de bonne comptabilité, que c’est une taxe des pauvres… « qui ouvre la voie à tous les abus » page d’après : « Une philanthropie, bien respectable, sans doute, a ouvert un azile aux enfants de la misère et de la débauche« . Il a fait la demande aux maires de surveiller ainsi qu’aux hospices mais : « les commissions d’hospices prétendent bien aussi y veiller, mais la moindre considération ferme les yeux des surveillants, avec d’autant plus de facilité que les caisses publiques payent« . Il propose donc d’augmenter les charges aux communes afin qu’elles contrôlent plus. Il y avait des frais d’inspection mais « comme cette inspection n’avait point lieu, j’ai cru devoir à partir du 1er janvier dernier, la supprimer; sauf à la rétablir sous d’autres bases lorsqu’un examen plus approfondi m’aura mis sur la voie dans laquelle on doit chercher la diminution des dépenses. La suppression du tour de l’hospice de Dax semblerait une des premières mesures à adopter ; je vous prie messieurs d’examiner cette question avec attention comme tout ce quis e rattache aux enfants trouvés et d’exprimer votre opinion toute entière« . et quelques pages plus loin : tableau budget 1831

Enfants trouvés 1833 il note que finalement son action n’est pas suivie à cause des abus qui sont « ingénieux à se régulariser et à se perpétuer » tableau classique qq pages plus loin

il s’attaque encore aux abus (pas assez de surveillance etc) 1834 à voir la facilité des exposition on dirait que la loi qui les punit est abrogée… il a surtout Dax dans le viseur… il fait un calcul comparatifs des « âmes » des arrondissements pour en venir aux Basses-Pyrénées + ici date officielle de fin tour de Dax + tableau + une version manuscrite de son « attaque d’abus »

Le Journal des Landes

Journal des Landes 1836 le préfet demande un contrôle de la part des maires

Journal des Landes 1838 : vu d’ensemble très importantes sur les enfants trouvés : histoire longue de l’accueil des enfants abandonnés. Cela explique qu’en accompagnant les mère ça se passe mieux. « L’indulgence que l’on accorde maintenant aux filles-mères, qui atténuent leurs fautes en élevant leurs enfans, indulgences que nous leur devons bien, nous qui sommes leurs complices » à la page d’après. Il y a aussi dans un article sur cette même page, un rappel aux maires à bien délivrer les certificats de vie.

Ce n’est pas la disparition des tours d’abandon qui fait que mortalité en hausse (1839).

Le préfet affirme arrêter les déplacements pour les nouveau-nés car c’est trop risqué pour eux (décès), 1840.

Article 2 cité dans cette page (suite du lien au dessus) dit que l’inspecteur doit venir mais dit bien que les landais sont pas chauds… les députés je pense 1840 journal Landes

Explication pourquoi on ne croit pas à l’assistance des mères (1840) pourtant cela se fait ailleurs.

Comment gèrent différentes nations (25 avril 1841).

Explication précise du paiement des nourrices 25 sept 1841

Les enfants trouvés sont une grande question, 5 octobre 1844

5 mai 1844 journal landes : transporteurs d’enfants trouvés illégaux

Affaires judiciaires d’exposition d’enfants 1845

Ajout le même jour plus tard en soirée (Journal des Landes 1830-1835 environ) :

Contre l’adoption

Infanticide

Condamnation d’exposition en 1829 à Mont-de-Marsan

Centralisation à Mont-de-Marsan (1835)

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