« Demande de la fille » : les demandes en mariage fin XIXe siècle, dans les Hautes Landes

Philippe Mora

Il était une fois, dans la monographie de Commensacq… ah, mais qu’est-ce qu’ici une monographie ? C’est une sorte de compte-rendu au sujet d’une ville ou d’un village, réalisé par les curés de chaque paroisse des Landes, car Monseigneur Delannoy leur avait donné cette mission. Ils se la sont diversement appropriée mais certains ont révélé quelques talents d’ethnologues. C’est le cas de l’abbé Légé, curé de Commensacq qui a abordé de nombreux sujets de la vie de sa paroisse, notamment, la façon dont les gens se marient !

D’ailleurs je pose cette questions aux lecteurs : à quel point peut-on généraliser, que ce soit géographiquement ou dans le temps ?

Ma contribution sera modeste, puisque je vais copier le texte de la monographie ici. Il deviendra donc plus aisé à lire, d’autant plus que j’expliquerai les termes moins connus.

Alors cette description débute par…

Demande de la fille

« Cette demande se fait ou directement ou indirectement. Directement par le jeune homme lui-même s’il ose se hasarder, il se charge un soir à l’entrée de la nuit d’une dame-jeanne1 en terre cuite remplie de vin et se rend à la maison où est la fille qu’il convoite ; il n’a pas besoin de dire le motif de sa visite ; la dame-jeanne parle pour lui s’il est bien reçu on soupe et on boit le vin et l’affaire est un bon début.

Création par IA

S’il voit qu’on ne lui tient pas cas de sa visite ou qu’on ne lui donne aucun signe d’assentiment, il prend sa toque et va boire le vin chez lui…

Si c’est quelqu’un qui n’ose pas attaquer la question de front il fait la demande indirectement c’est-à-dire par l’entremise d’un homme de confiance qui soit capable de mener à bonne fin une affaire sérieuse. On appelle cet homme matibé [je vais en parler après cet extrait] ; quelle est l’origine de ce nom ? Je l’ignore. Si le début du matibé est favorable, c’est au jeune homme à se présenter ce qui est encore assez chanceux surtout si la fille ne l’a jamais vu. S’il lui plait, les négociations continuent, si non, les parents s’en sortent de la manière la plus convenable possible…

Lorsque tout semble marcher bien, il faut passer par d’autres épreuves qui quelque fois sont assez chanceuses : il s’agit de s’entendre et de se mettre d’accord.« 

Ce chapitre n’est que le début de la description des rites entourant le mariage dans les Landes, fin XIXe siècle. Je vous invite à cliquer sur la source et découvrir les prochaines étapes du mariage landais !

La mati… quoi ?

Une petite chose avant de vous quitter, une info sur le matibé, provenant de Christine Mora (de la radio Cap a Cap) mais aussi une de mes cousines généalogiques déjà croisée sur le blog : « Concernant le matibé, nous [elle et sa soeur] n’avons rien mais par contre dans le dictionnaire de l’abbé  Foix, nous avons trouvé le terme Mathiué qui veux dire entremetteur de mariage, il s’agit d’un terme très local (Rion des Landes) »

Le mot est légèrement différent, mais c’est bien le même homme ! Ce mot était donc utilisé à Commensacq ainsi qu’à Rion, deux villes des Hautes Landes. Il est fort probable que ce mot ait été usité dans ce secteur ! Mais il aurait laissé peu de traces, car tombé en désuétude.

Une autre remarque sur ce mot : matibé / mathiué. Matibé viendrait-il d’un « mathiué » mal lu ou mal entendu ? En effet, s’il est écrit en fait « mathivé« , le « v » peut donner une prononciation en « b » et ainsi, on comprendrait tout à fait que ce mot soit matibé à l’oreille du curé, mais qu’il s’écrivait « mathivé« .

Et enfin, il y a aussi une grande ressemblance (ou une confusion ?) avec Mathieu, Matiuét en gascon… alors ?

Note :

  1. Une dame-jeanne est une grande bonbonne de verre généralement épais à la forme très arrondie et au goulot court (Wikipedia). ↩︎

Pour compléter :

Un bel article sur internet au sujet des noces landaises, avec des illustrations de qualité !

3 réflexions sur “« Demande de la fille » : les demandes en mariage fin XIXe siècle, dans les Hautes Landes

  1. Jean-Jacques Dubreuil

     ·

    Lo mativèc [lou matiwèk] F. Arnaudin. – Marieur, entremetteur. La prononciation de ce « v » intervocalique peut être en « β » soit le v de « vaca » en castillan et non pas un « b » franc comme dans bateau lorsque le « v » est plutôt en tête de mot en gascon. Ce « v » central peut être aussi prononcé « w » comme dans wapiti, c’est le cas dans le Bòrn et le Maransin où se pratique encore le parler dit negue (noir) [matiwèk]. L’on trouve aussi ce mot dans les Pyrénées dans le Varetous et le Lavedan sous la forme de Matinèc.

    J’aime

  2. Jean-Jacques Dubreuil

     ·

    Lo mativèc [lou matiwèk] F. Arnaudin. – Marieur, entremetteur. La prononciation de ce « v » intervocalique peut être en « β » soit le v de « vaca » en castillan et non pas un « b » franc comme dans bateau lorsque le « v » est plutôt en tête de mot en gascon. Ce « v » central peut être aussi prononcé « w » comme dans wapiti, c’est le cas dans le Bòrn et le Maransin où se pratique encore le parler dit negue (noir) [matiwèk]. L’on trouve aussi ce mot dans les Pyrénées dans le Varetous et le Lavedan sous la forme de Matinèc.

    J’aime

  3. Adishatz monde,

    Une histoire de mativèc lue en gascon par moi-même.

    Vous la trouverez ici sur mon site internet dédié au parler noir des landes :

    https://www.perlogascon.com/medias/files/lo-pec-e-lo-matiuec.mp3

    En voici le texte docx en graphie classique normalisée à « Lo galant pèc e lo mativèc » :

    https://www.perlogascon.com/pages/fiquers-sonores-fichiers-sonores-1759661736.html

    Je vous en souhaite une bonne écoute et lecture pour ceux qui savent.

    JJD

    J’aime

Laisser un commentaire