Michel de Montaigne, un Bordelais si Landais

Philippe Mora

Le philosophe fréquentait les Landes, et pour causes, sa famille a de son vivant, et aura après son décès en 1592, des alliances avec des familles landaises. J’en suis venu à ce sujet car sans le vouloir, en recherchant le réseau de familles, je tombais rarement sur des familles bordelaises, mais par contre, c’était souvent en lien avec la famille du philosophe, qui vivait à Bordeaux, comme vous le saviez peut-être.

Jacques de Cauna (historien) et la vice-présidente puis présidente d’honneur de la société de Borda, Marie-Thérèse de Lataulade ont déjà donné des informations solides sur le lien du philosophe avec les Landes. Et certaines de leurs analyses sont accessibles sur internet ! Voici : Les liens de Montaigne avec les familles des Landes (Marie-Thérèse de Lataulade) et Autour du tombeau de Montaigne et de ses descendants. Le cluster landais. (Jacques de Cauna).

Avec ces deux articles, vous verrez déjà la présence, les liens, de la famille de Montaigne. Avec la baronne de Lataulade, vous voyagerez à (dans l’ordre d’apparition) Hagetmau, Saint-Cricq-Chalosse, Amou, Biaudos, Biarrotte, Tercis, Beyries, Nassiet… avec Jacques de Cauna, ce sera Bénesse, Perquie, Bonnegarde, Mézos, Biaudos, Donzacq, Habas, Doazit, Tartas, Marensin, Born et Mugron.

La descendance des Montaigne est telle dans les Landes qu’elle fait dire à l’historien : « En somme, on pourrait dire qu’assez paradoxalement, c’est dans les Landes, en Chalosse plus particulièrement que les recherches annoncées sur l’ADN familial de Montaigne auraient sans doute les plus grandes chances de pouvoir se concrétiser »

J’avais dans l’idée de faire un code couleur selon l’auteur qui cite la ville (Mme Lataulade, M. de Cauna ou moi) mais l’IA s’est embrouillée… pas bien grave, le principal, ce sont les villes !

D’autres pistes que je propose

Alors, je n’ai pas lu que les articles accessibles sur internet, mais je vais tenter d’apporter d’autres pistes et liens que je n’ai pas croisés pour le moment. Elles seront toutes différentes et l’une d’elle sort du lien généalogique direct.

Famille Lavie : Bernard Lavie, né à Dax en 1579, épouse la nièce du philosophe, Antoinette Camain, originaire de Bordeaux. Cette famille Lavie est présente à Bordeaux et Dax, deux générations avant la naissance de Bernard. Fortis, le père de Bernard, « fut conseiller d’Etat, lieutenant général et président du présidial de Dax, puis président aux requêtes du parlement de Bordeaux » (Soussieux, Dictionnaire historique des Landes, p.437). Bernard est dans le même domaine que son père : « il fut président aux requêtes du parlement de Bordeaux. Conseiller d’Etat, nommé premier président du parlement de Pau (1622), devenu parlement de Navarre, il le restait à vie. » Et le lien avec les Landes ne s’arrête pas là car quelques générations après, un de ses descendants est comte, notamment d’Ychoux et Pissos.

Si vous voulez en savoir plus la famille Lavie, vous pouvez consulter le Tome 2 de « Les Castelnau-Tursan » de l’abbé Légé (permalien direct sur la page sur Gallica).

Famille Massiot : La petite fille d’un cousin de Michel de Montaigne, nommée Marie de Montaigne, épouse Jean Massiot en 1627. Ils sont tous les deux Bordelais, vous allez me dire, mais c’est du côté de la fratrie de l’époux, Jean Massiot donc, qui est au passage conseiller du roi, dont découle un lien landais indirect. Alors on ne parle plus là de liens de sang, mais d’une proximité familiale. En effet, une des soeurs de Jean Massiot, Madeleine, épouse le Landais, Jean-Charles Caupenne d’Amou. Comme le nom l’indique, on verra cette branche dans des actes à Amou, mais aussi à Morganx et Dax. Le couple réalise aussi des parrainages à Castel-Sarrazin.

La famille Caupenne d’Amou reviendra, d’ailleurs, par d’autres liens, aux descendants directs de la famille Montaigne (lire Jacques de Cauna notamment).

Famille Saint-Cristau : j’ai l’impression que cela vient d’une branche oubliée de la famille Lataulade, à moins que je ne me trompe et que cela ne soit qu’une cousine… Tôt, la famille Lataulade fut alliée aux Montaigne avec le mariage entre Etienne Lataulade et Jeanne de Montaigne, en 1563. Cette dernière est une cousine de Michel de Montaigne.

Le couple aura notamment un fils, prénommé Bertrand, qui a son tour, aura à son tour plusieurs enfants… dont une fille qui serait oubliée ? Car dans mes recherches généalogiques, j’ai croisé la route de Guillaume Saint-Cristau, avocat puis conseiller et magistrat au présidial de Dax, marié avec Anne Lataulade. Il n’y a pas que le nom de la mariée qui a retenu mon attention, mais nous retrouvons bien dans les parrainages, Bertrand Lataulade, le fils d’Etienne Lataulade et de Jeanne Eyquem de Montaigne. Peut-être que c’est déjà signalé dans certaines généalogies (ou infirmé). Je lance ici la question. D’après ce qu’il semble, cette Anne Lataulade est bien la petite fille de Jeanne Eyquem de Montaigne.

Vous pouvez aller voir sur mon arbre généalogique, leurs enfants, avec les parrainages.

Source : Sud-Ouest : ci-dessus, le Trou de Madame, à Préchacq-les-Bains... le philosophe s’y rendait pour se soigner n’appréciait que peu ces soins !

Famille Lassalle : Jean-Martin Lassalle, « baron de Sarraziet, seigneur de Roquefort, Canenx, Castetmerle et Saint-Go » (Soussieux, p.429) se marie avec Jeanne de Mons (arrière-petite-fille d’une cousine à Michel de Montaigne) en 1692. De là, une descendance landaise naît.

Ensuite, au passage, les de Mons s’allient avec les Secondat de Montesquieu, famille du philosophe bien connu. Le mariage qui crée ce lien, c’est celui entre Marie-Catherine-Thérèse de Mons avec Jean-Baptiste de Secondat, en 1740 à Bordeaux. Marie-Catherine-Thérèse est arrière-arrière-arrière-petite-fille d’une cousine de Michel de Montaigne tandis que son conjoint, Jean-Baptiste est le fils de Montesquieu.

Et les générations suivantes connaissent encore ces liens, avec Louise Marie Victoire Jeanne de Piis, mariée à Prosper de Secondat de Montesquieu, le 21 novembre 1831. On comprend bien avec le mari, que nous sommes en présence de la famille Montesquieu, mais c’est moins évident avec la mariée : elle est la fille de Jean-Baptiste de Piis et d’Elisabeth de Mons, et oui, de la même famille de Mons.

En passant, pour les Landais, nous ne pouvons pas non plus rater ce lien avec cette union : la grand-mère de de la mariée est Marie Louise Victoire (dite Bayonne) Caupenne d’Amou, famille aussi croisée chez la famille Montaigne…

Des valeurs philosophiques qui se diffusent dans les Landes

On pense souvent que, pour réussir, continuer de gagner en pouvoir financier et économique, les familles landaises plus haut placées, avaient intérêt à s’allier à des familles Bordelaises. Mais l’inverse pouvait être vrai et la famille de Montaigne le montre particulièrement. Comme je vous le disais, j’en suis venu à étudier la descendance et la présence dans les Landes de cette famille car je l’ai croisée involontairement plusieurs fois alors qu’il est assez peu fréquent dans le réseau que j’observais, de croiser des familles de Bordeaux. Les pistes que je propose ici donneront peut-être des idées à d’autres.

Les Landes, de par ces liens familiaux étroits, étaient au fait des nouvelles philosophies, qu’elles viennent de Michel de Montaigne, mais a priori de Montesquieu aussi. Après tout, Bordeaux est la ville la plus présente chez les familles notables des Landes, dans la catégorie : ville en dehors des Landes.

Ainsi, les Landais ont sans doute été marqués par leurs philosophies :

Montaigne diffuse une pensée fondée sur le doute, la tolérance et la remise en question des certitudes. Il défend l’idée qu’il faut accepter la diversité des cultures et des opinions et apprendre à penser par soi-même.

Montesquieu défend la liberté politique, la modération du pouvoir et la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire). Il contribue ainsi aux valeurs des Lumières, notamment la lutte contre l’arbitraire et la défense des libertés.

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