1781-1798 : l’hôpital lui retire son nom, mais Marie choisit sa place

Cette série de publications est l’occasion d’écrire l’histoire de nos nombreux ancêtres né(e)s sans pères et/ou abandonné(e)s. A défaut de connaître le plus souvent, leur ascendance, cette histoire plus globale nous immerge dans leurs vies.

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Philippe Mora

Dans les archives de l’hôpital de Bayonne, le document présenté ci-dessous nous permet de toucher du doigt le parcours d’une orpheline. C’est un simple feuillet qui nous parle d’une certaine Marie. On y apprend qu’elle est placée (ou « colloquée ») dans plusieurs familles, la première étant écartée parce qu’elle « lui faisait courir les parroises pour demander l’aumone ».

Source AD64

On constate alors que l’hôpital, soucieux de la protéger de cette famille de Cambo qui la faisait mendier, la place dans une autre famille de Biarritz. Puis, pour une raison qui nous échappe, elle est placée chez le couple Lagaillarde / Santiberry, dans la commune de Pey, le 24 juillet 1797.

Marie s’enfuit cependant de ce foyer pour rejoindre le couple Erecoluche / Ygileta, la première famille de Cambo qui l’avait accueillie. Refusant de quitter cette maison, elle pousse finalement l’hôpital à se résigner : l’établissement accepte de la laisser vivre là jusqu’à ses 17 ans, soit jusqu’au 24 mai 1798. A partir de là, elle ne dépend plus de l’institution hospitalière pour le placement.

Le sort réservé aux enfants placés dans des familles d’accueil était souvent loin d’être enviable. Il est donc possible que Marie ait trouvé auprès de la famille de Cambo une forme d’affection ou de stabilité qu’elle ne retrouvait pas ailleurs, ce qui expliquerait sa volonté d’y revenir malgré les reproches formulés par l’hôpital à l’encontre de ce foyer.

Le numéro 442

Le numéro 442 figurant sur le feuillet ci-dessus correspond à son numéro d’inscription dans le registre des entrées. Quelques pages plus tôt, dans le même document, on retrouve en effet l’enregistrement de cette petite fille laissée à l’hôpital. On y apprend qu’il s’agit d’une enfant illégitime née à Irouléguy.

Source AD64

L’acte de naissance de Marie… « Colomie » (si je lis bien !)

Son acte de naissance est bien conservé à Irouléguy. Il nous permet de découvrir son nom de famille, celui de sa mère puisque son père est déclaré inconnu. Sur Filae, le patronyme est transcrit « Colonie ». Pour ma part, je lis plutôt « Colomie ». Si quelqu’un souhaite proposer une autre lecture, la correction sera naturellement apportée.

Source AD64

On voit ici que l’abandon ne correspond pas toujours à l’image de l’enfant trouvé dans un tour d’abandon ou découvert sans que l’on puisse identifier ses parents. Née en 1781 et placée dans une famille en 1789, Marie a probablement vécu ses premières années auprès de sa mère. Nous ignorons ce qui s’est exactement passé, mais il est permis de supposer que celle-ci est décédée, laissant sa fille orpheline. Toujours marquée par sa naissance illégitime, Marie est alors prise en charge par l’hôpital. L’établissement connaît son identité avec son lieu et date de naissance.

L’effacement du nom de famille est volontaire. Il vise à empêcher l’enfant de retrouver la famille qui l’a abandonnée, mais aussi à éviter que des proches ne cherchent à la récupérer plus tard, lorsqu’elle serait en âge de travailler et de contribuer à l’économie domestique.

La petite Marie a survécu. Sa vie fut faite de placements successifs, mais elle a choisi sa maison : celle de Cambo, où elle pratiquait la mendicité. Il faut rappeler qu’en cette période particulièrement difficile, des familles pauvres avaient recours à cette pratique. En mendiant, Marie participait donc, d’une certaine manière, à l’économie familiale.

Les villes de Marie « Colomie »

Source Géoportail

Il est assez spectaculaire de suivre les déplacements de cette orpheline. Son parcours la mène même jusque dans les Landes. Son histoire nous rappelle également une réalité qui change moins qu’on ne l’imagine : celle des institutions.

Malgré la Révolution de 1789, l’organisation de la prise en charge des enfants abandonnés évolue peu. Un tel parcours aurait tout aussi bien pu se dérouler quelques décennies auparavant. Pourtant, nous sommes bien ici face à une petite fille née en 1781, qui ne pourra s’affranchir de la tutelle institutionnelle qu’en 1798, à l’âge de 17 ans.

Qu’est-elle devenue ensuite ? A-t-elle su tirer avantage de cette « liberté » ?

En tout cas, derrière les décisions administratives et les registres de l’hôpital apparaît une voix rarement entendue dans les archives : celle d’une orpheline pauvre, qui a imposé son propre choix de vie.

J’ajouterai à cette page des informations complémentaires si quelqu’un en trouve.

Une réflexion sur “1781-1798 : l’hôpital lui retire son nom, mais Marie choisit sa place

  1. Très intéressant reportage. Il est rare de savoir un parcours d’un enfant abandonné ou trouvé. Pour ma part, j’ai très peu d’éléments pour mon ancêtre ,Ambroise Richard , trouvé le 31 mars 1816 à Bourbon Vendée ( La Roche sur Yon 85). Il avait un jour, a peu près. Je sais qu’il a été mis en nourrice, chez la veuve Godin, à Chaillé sous les Ormeaux (85). Il en est sorti le 27 mars 1824 , pour être placé, où, aucune idée. Domestique, dans une ferme. Il se marie le 17 /01/1821 à Poiroux (85) A la naissance de son premier enfant en 1838, il est laboureur, quelques années plus tard, je le retrouve métayer, à son décès , le 14 juillet 1896, à Poiroux, il est mentionné, fermier.

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