Les limites du contrôle des enfants abandonnés à travers deux faits divers landais de 1807 et 1808

Cette série de publications est l’occasion d’écrire l’histoire de nos nombreux ancêtres né(e)s sans pères et/ou abandonné(e)s. A défaut de connaître le plus souvent, leur ascendance, cette histoire plus globale nous immerge dans leurs vies.

Publication précédente : Enfants trouvés dans les Landes entre 1789 et 1811 : nouvelle organisation, faibles financements et présence des troupes napoléoniennesPublication suivante : à venir

Philippe Mora

Avant la loi de 1811, les tours d’abandons ne se sont pas encore généralisés mais les débats font déjà rage : faut-il faciliter l’abandon des enfants afin d’éviter les drames de l’infanticide et des abandons dans des endroits inappropriés, ou au contraire renforcer le contrôle des mères pour réduire le nombre d’enfants abandonnés ? L’exemple des Landes montre les limites de cette logique répressive.

L’illusoire appel au contrôle

Dans son numéro du 6 janvier 1807, le Journal des Landes signale un nouvel abandon d’enfant à l’hospice de Dax. En soi, rien de répréhensible : l’enfant a été confié à une institution capable de le prendre en charge. Mais cela ne satisfait pas l’hebdomadaire, qui estime que les autorités locales pourraient empêcher une partie de ces abandons :

« On croit que MM. les maires et adjoints éviteraient au moins une partie des expositions qui se font journellement, s’ils se faisaient représenter, dans les 3 jours de l’accouchement, les enfans dont les filles de leurs communes, sont accouchées ».

Journal des Landes du 11 janvier 1807

Le journal rappelle ainsi le cadre légal et demande une surveillance accrue des naissances. Pourtant, cette logique se heurte à une difficulté fondamentale : de nombreuses femmes cherchent précisément à préserver leur anonymat lorsqu’elles confient leur enfant à l’hospice. Renforcer les contrôles risque alors moins de supprimer les abandons que de les déplacer vers des formes plus clandestines.

L’auteur du texte semble également dénoncer la complaisance supposée des autorités locales, jusqu’aux maires des communes du secteur. Cette hypothèse n’a rien d’invraisemblable. À Dax, comme nous l’avons vu dans les articles précédents, les maires et l’hospice participent avant tout à une logique d’accueil et de prise en charge plutôt qu’à une politique de répression. Ce document témoigne ainsi des tensions qui traversent l’époque : entre assistance et contrôle, entre protection de l’enfant et surveillance des mères.

Un fait divers macabre en 1807

Or, lorsque la peur de la loi devient trop forte, certains abandons se font hors de tout cadre institutionnel. En mars 1808, un nouveau-né est ainsi retrouvé à Donzacq, « trouvé sur le bord de ce ruisseau à demi dévoré par les corbeaux », selon les termes du journal.

Journal des Landes du 6 avril 1808 (et page suivante)

La solution pour le Journal des Landes ? La punition. Pourtant, deux siècles d’histoire ont largement démontré les limites de cette approche. Pour éviter les infanticides et les abandons les plus dramatiques, ce n’est pas la peur de la sanction qui s’est imposée, mais l’organisation progressive d’un accueil anonyme et sécurisé des enfants. Des tours d’abandon à l’accouchement sous X, c’est bien la logique de l’accompagnement qui s’est montrée la plus efficace. Alors que certains réclamaient davantage de surveillance et de répression, les acteurs locaux du pays de Dax ont continué de privilégier l’accueil des enfants et la protection des mères en détresse, une approche que l’histoire finira par consacrer.

Laisser un commentaire